|
La Dimension d'inconnu de Roger Munier.
Nous baignons dans linconnu, qui pourrait le nier ? Mais il est plusieurs formes ou domaines de linconnu qui nous entoure. Il y a linconnu comme indéchiffrable encore, mais dont on peut penser quil sera un jour déchiffré. Cest celui où progresse la science, qui y fait de grands pas. Il y a linconnu de la vie même, qui tient à la marche du temps et se loge dans le futur, ne sera connu que plus tard, quand le futur sera présent. Cest linconnu qui simplement nest pas encore connu, mais le sera.
Et il y a linconnu comme inconnu, linconnu du connu lui-même, présent ou futur, qui maintient sur toutes choses sa zone dombre. Il est partie intégrante du réel, le plus souvent sy perd ou ne sy mêle quà notre insu, mais parfois sen détache et comme le double, dans les moments déveil. Il nest pas hors des choses, dans une sorte despace improbable, mais la dimension dinconnu des choses mêmes, à notre portée puisquelle est bien des choses alentour, mais pourtant hors de prise : leur plus secrète, insaisissable identité.
Lobjet de ces pages est de tenter dapprocher, autant quil est possible, cette dimension cachée. Avec le secret espoir de la montrer ouverte sur un plus vaste et plus insondable inconnu : linconnu de linconnaissable.

Voici un livre qui nous invite à venir dans l'Ouvert.
Un livre "utile" en ces temps où règne la fausse instantanéité, la tyrannie de la toute présence des corps et des discours, la tyrannie des apparences, utile en ce qu'il nous invite à considérer l'absence, le manque, le rien, l'envers de l'être et de la présence, à contempler le sdeux côtés des choses, ce pour quoi peut-être nous sommes conçus, parce que nous sommes faits naturellement pour percevoir la dimension d'inconnu d'où dépend notre aptitude au bonheur d'être au monde. Une formule souveraine passe à travers ce livre, "l'absente de tous bouquets".
Claude Adelen, La Quinzaine littéraire, 1/15 mars 1998.

 
|
|