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Jorge Luis Borges - Osvaldo Ferrari : Retrouvailles, dialogues inédits, traduction de Bertrand Fillaudeau, éditions Corti, mars 2003
« À côté des uvres des poètes eux-mêmes, il y a dans ma bibliothèque quantité de livres sur la poésie, et quelques-uns sur lécrivain, sur lécriture. Très peu sur le poète... La critique a curieusement laissé cette figure à labandon.
Ayant un peu le goût des mots perdus, jai souhaité observer ici quelques figurations du poète, durant cette période dite moderne qui le voit précisément engager lui-même son propre procès. Et puisquil se portraiture volontiers en funambule, en sonneur de cloches, en pendu ou en araignée, on verra que ce sont pour beaucoup des affaires de cordes et de fils (dencre) qui loccupent. Perplexe, occupé à tisser des liens, penché sur son ouvrage plutôt que tourné vers lAzur, le poète tardif est critique avant tout. Étudier ses figures, cest dès lors sinquiéter du maintien de la poésie ; cest interroger son pourquoi, son sens et sa valeur. » J.-M.M.
Dans ce livre lumineux Jean-Michel Maulpoix nous donne un nouvel exemple de sa vocation de passeur.
Après Du Lyrisme, qui avait beaucoup contribué à la réhabilitation dune notion mal aimée en France, voilà quil dresse un portrait de ce Protée dont on osait à peine prononcer le nom après tant dentreprises de dé-figuration.
Ce volume contient :
Prologue de Jorge Luis Borges 7
Prologue de Osvaldo Ferrari 9
Borges en nous, nous en Borges 13
1. Conversation initiale. 9.3.1984 15
2. Livre du ciel et de lenfer
Stevenson Bunyan 28
3. La causalité 37
4. Littérature et science-fiction 46
5. James Joyce 51
6. Le livre de sable 60
7. Blaise Pascal 70
8. Le pays imitatif 78
9. Le livre du ciel et de lenfer, Saint Thomas, le Talmud 87
10. Libéralisme et nationalisme 99
11. Emerson Whitman 110
12. Le stoïcisme 121
13. Jésus-Christ 133
14. Apologie de lamitié 146
15. Paul Valéry 154
16. Le conte «Lintruse» 165
17. Oscar Wilde 169
18. Le désert, la plaine 182
19. Adolfo Bioy Casares 191
20. La politique et la culture 202
21. Bernard Shaw 215
22. La critique de cinéma 224
23. Nouveau dialogue sur Groussac 234
24. Les lettres en péril 244
25. W. B. Yeats (I) 254
26. W. B. Yeats (II) 260
27. Le penseur littéraire 270
28. Le temps 281
INDEX DES NOMS PROPRES 295

Dans les années 80, Osvaldo Ferrari a enregistré des heures de dialogues avec Borges pour la radio argentine. Les éditions Zoé en ont publié deux volumes. Ces Retrouvailles (reencuentros), qui datent de 1984, forment le dernier. En prologue, le poète aveugle fait l'éloge du dialogue, cette invention grecque, "la meilleure chose que l'histoire universelle enregistra". La cécité progressive de l'écrivain, les fantasmes qu'elle engendre, les rapports qu'elle entretient avec la mémoire sont au cur du premier de ces "nouveaux dialogues". Puis son interlocuteur lance un nom, en général d'écrivain, et Borges part dans des digressions brillantes. Dans ces exercices d'admiration, outre Stevenson, l'ami Bioy Casares, l'Iralndais Yeats, Walt Whitman, on trouve aussi au hommage à Jésus, "l'homme le plus extraordinaire dont l'histoire se souvienne". Mais ni Joyce ni Wilde n'échappent à l'esprit critique de l'auteur du Livre de sable. Parfois, c'est sa propre uvre qu'il commente ou ses positions éthiques et politiques, avec distance, humour et brio.
Isabelle Rüf, Le Temps, Genève, 12 avril 2003
Borges est mort à Genève le 14 juin 1986, à près de 87 ans, mais le moins qu'on puisse dire est que la mort ne l'a pas rendu muet. Les entretiens poussent sous les pieds des éditeurs. La cécité l'amenait certes à converser souvent et à rendre sa culture plus aiguë et donc plus bouleversante. Rien pourtant ne semblait l'ennuyer davantage que d'évoquer un individu nommé Borges. Il concluait la série de causeries radiophoniques avec Osvaldo Ferrari, faites à la fin de sa vie, par une remarque typiquement borgesienne (car il n'est pas une phrase de Borges qui ne soit "borgesienne", si par cet adjectif on entend un mélange de déclaration sentencieuse et de dérision incertaine, laissant toujours planer le doute sur le paradoxe avancé).
A la suite d'une rupture sentimentale, il tempère ainsi le souvenir de son désespoir : "Que peut m'importer ce qui est arrivé à un écrivain sud-américain, appelé Jorge Luis Borges, durant le XXe siècle ? Cela veut dire qu'il y a quelque chose en moi, il y a quelque chose en moi d'éternel, qui est étranger à mes circonstances, à mon nom, et à mes aventures. Je crois que ceci, nous l'avons tous ressenti, non ? Et il me semble que c'est un sentiment véridique, celui d'une racine secrète que l'on possède et qui est au-delà des faits successifs de la vie".
Si, dans ces entretiens, il commente abondamment les littératures anglo-saxonne, argentine et française, ce sont les questions du temps, de l'identité, de la fiction qui suscitent les développements les plus passionnants.
René de Ceccaty, Le Monde, 24 avril 2003
L'auteur de l'Aleph est (...) devenu un mythe, échappant de ce fait à l'historicité des hommes ordinaires et des événements communs : une figure déjà fantomatique, dont le quotidien, les gestes ou les voyages se confondaient avaec les livres d'une bibliothèque infinie. À ce titre, il est normal que Borges continue de vivre absolument, pour les simples lecteurs de ses écrits comme pour ceux qui en ont fait un personnage de leurs propres uvres.
Deux livres (...) témoignent tout particulièrement de cette présence de Borges : Retrouvailles qui [...fait] deviner la voix du vieil Argentin dont la cécité aiguisa dit-on, le goût pour la conversation littéraire, métaphysique, voire mondaine, mais toujours brillantissime. Le second est à sa manière un chef-d'uvre : Chez Borges (Alberto Manguel Actes Sud).
(...) Ses livres sont de "brèves aventures secrètes" qui expliquent son rayonnement sur tant d'uvres d'aujourd'hui : si la vie vaut une fable, écrire reste possible après Shakespeare ou Cervantès.
Fabrice Gabriel, Les Inrockuptibles, 7/13 mai 2003.

 
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