En 1956, lorsqu’il publie son essai sur Hrabal dans la revue samizdat K, Václav Havel a tout juste vingt de mieux, il suit des cours d’économie des transports. Mais ce très jeune homme – peut-être d’autant plus qui ne lui est pas permis de faire les études de cinéma ou de théâtre qui le tentent – tient à démontrer son sérieux de critique littéraire. Il ne faut pas compter sur lui pour donner de ces premières nouvelles publiées par Hrabal un compte-rendu aguichant, impressionniste. Quitte à adopter un ton docte, voire pédant, Havel s’applique à cerner le type d’écrivain qu’incarne Hrabal, cet auteur débutant qui pourtant pourrait presque être son père. Dans sa typologie, il le classe – et c’est un aperçu qui sera confirmé par toute l’œuvre à venir de Hrabal – parmi les écrivains qui ne vivent pas pour écrire, mais qui écrivent parce qu’ils vivent. Il le sent passionné par l’infinie complexité de la vie des gens ordinaires, par le va-et-vient constant entre situations tragiques et grotesques.
     Par-delà son analyse de Hrabal, Havel nous en apprend long sur lui-même. Ne serait-ce qu’en choisissant pour ses débuts d’essayiste littéraire un écrivain à peine connu, marginal, argotique, à mille lieues des schémas convenus du milieu des années cinquante. Implicitement, c’est déjà une prise de position politique, discrète mais ferme parfaitement intelligible. Dans les nouvelles de Hrabal avec leur technique de constat, de juxtaposition d’événements d’une vérité crue Havel voit un moyen de prise de conscience pour le lecteur qui ne doit pas se laisser dicter des interprétations officielles, de deuxième main, mais se débrouiller avec les informations qui lui sont fournies. Donc accéder à la responsabilité individuelle.










     



Traduit du tchèque
par C. Ancelot
32 pages
1991
ISBN : 2-7143-00438-9
45 F