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L'art de vieillir de John Cowper Powys.
Collection En lisant en écrivant, José Corti.
Savoir vieillir
Aucun écrivain moderne na traité ce sujet avec autant de lucidité et déloquence que Cicéron dans son Caton lAncien, plus connu sous le titre De Senectute, écrit John Cowper Powys. Lart difficile dexploiter à des fins heureuses linévitable nécessité de vieillir est compliqué par le côté rebelle de la nature, qui met de vieux curs dans des corps jeunes et de jeunes curs dans de vieux corps, autant que par le rapport temps-esprit, qui crée pour mode dune génération une culture frénétique de la désillusion, et pour mode de la suivante une réversion délibérée à quelque chose proche de la simple puérilité.
Apprécier la vieillesse, cest apprécier en quelques années humaines dimmenses époques de conscience de la vie surhumaine et, parfois, sous-humaine. Je suis ce que jai été, disait Sartre ; avec lâge, la totalité réalisée de lexistence jaillissante définit lessence même de ce qui se constitue en elle, lhomme spirituel se substitue à lhomme charnel et psychique, sans lévacuer mais en le transformant. La vieillesse nous fait prendre le chemin de lédification en nous faisant réfléchir, mais elle est une phase insuffisante de préparation à la mort si elle nest pas le couronnement dun entraînement de longue date.
Apprenons à bien vieillir, laissant la nature défaire lentement ce quelle a fait, telle est la leçon que nous donne cet écrivain grandiose et scandaleux, rebelle à toute nomenclature, et sachons aussi apprécier les privilèges que nous confère la vieillesse : une vision intuitive des vérités supérieures et limmédiateté affranchie de la servitude du temps.
M.-O. Fortier-Masek

Ce besoin dune forme dinnocence si, par innocence, on entend la recherche dune vie de pure sensation est le fondement même de la démarche que propose John Cowper dans son, essai philosophique sur lart de vieillir. Quil faille prendre conscience de la fin prochaine de ce je, je, je dont les sentiments sont simplement tout ce qui compte pour moi, moi, moi, cest là lévidence quil mentionne dans son dernier chapitre La vieillesse et la mort. Mais, selon lui, dans lidée de la fin prochaine, de lanéantissement que précède une lassitude contre laquelle on lutte jusquau bout de ses forces, on peut trouver, loin de toute terreur et pourvu quon sabandonne, une grande part de douceur.
La vieillesse dont John Cowper fait lapologie nous éloigne insensiblement de larène où le moi est douloureusement tyrannisé par des milliers de besoins contradictoires, dexigences, de nécessités, de devoirs, dobligations, de responsabilités, de quêtes, de plaisirs, de rivalités, daventures, de passions, dambitions, dintrigues, de recherches et projets, et autres menus plaisirs.
Christine Jordis, Le Monde, 23 avril 1999
Henry Miller qualifiait lensemble de luvre de John Cowper Powys de livre de vie. Lart de vieillir en est le point final flamboyant et apaisé. Sans parfois éviter un didactisme quil faut savoir dépasser, lauteur peint non sans humour cet âge asocial et amoral si semblable à lenfance à la différence essentielle quil atteint la sphère de la contemplation sans compétition.
Avant tout John Cowper Powys revendique la lucidité, celle qui permet avec lâge de quitter les fausses valeurs pour la simple recherche du bonheur car mieux vaut être heureux et le savoir que misérable sans rien y comprendre ou, dit autrement, mieux vaut être un cuistre et y prendre plaisir quun jocrisse inconscient qui se torture lesprit.
La recherche du plaisir est une des constantes de la philosophie hédoniste de lauteur. Bien sûr, ce plaisir prendra des formes nouvelles mais cest un avantage de lâge que de mettre le vieillard hors de combat et de le laisser livre de mener son existence à sa guise.
Denis Wetterwald, Politis, 25 février 1999

 
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