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Jean-Michel Maulpoix, Adieux au poème
éditions José Corti, 2005.
La poésie touche à sa fin. Elle sachève à présent.
Peut-être ny aura-t-il bientôt plus rien à écrire. Peu soucieux « dextravaguer du corps », les contemporains renoncent à se mesurer à limpossible avec des mots. Aussi bien que dans la marchandise, ils trouvent dans la stupéfaction leur content. Bousculés dans le tohu-bohu des villes, roulés dans la farine des images, ayant jeté léponge, ils ne cherchent plus guère à reprendre pied sur la terre dont ils se sont eux-mêmes exclus.
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Ceci est un livre dadieux à ce qui se perd ou qui a déjà disparu : le poème, tissage de figures, objet de beauté, densité de faits de langue, respiration accélérée ou très lente de la pensée. Évidence et perplexité.
La poésie sur sa fin se retourne mélancoliquement vers les voix chères qui se sont tues. Le poème, tel que nous lavons aimé, dit-elle, est un objet perdu.
Dire adieu : cest signifier pourtant que quelque chose doit encore être écrit
En souvenir du poème. Comme on viendrait entretenir sa tombe pour en garder mémoire. Ou construire sa dernière demeure : une simple boîte clouée. « Le minuscule tombeau, certes, de lâme. »
Table des matières du volume
PROLOGUE
IL SE FAIT TARD
Brève histoire dune crise
De laggravation
Dans le tunnel de lépoque
LE PAS DU POÈTE
« Je me retournerai souvent »
De la chercherie
La parole des paysages
LA MAIN À PLUME
Le toucher et la voix
Le lien et la coupure
Hybridité du poème
LE SAVOIR DU POÈME
Lévidence et la question
Poésie et philosophie
Espérance et désespoir
UN DEVOIR À CHERCHER
Lillusion préalable
Tout nest pas égal
De la responsabilité du poète
UN LYRISME CRITIQUE
Du lyrisme selon Baudelaire
Remarques sur le lyrisme
Lyrisme et identité
LA PATIENCE DE LA VOIX
Une poétique du possible
Limage et la voix
Nathalie Sarraute et la poésie
LA PRÉSENCE ET LADIEU
Vers de circonstance
Réflexions sur un tombeau
Le travail du poète
Le temps des adieux (épilogue)

Voilà le livre le plus complet, le plus passionnant, et le plus passionné à mettre entre toutes les mains des lecteurs de poésie, le plus pédagogique aussi, tant la connaissance de la poésie et de son histoire qu'en a Maulpoix est impressionnante et concise en même temps. Fin du lyrisme, la poésie exsangue dans une langue blanche. Le poète perplexe qu'est Maulpoix, l'essayiste qu'il est aussi se penche à ce chevet. Dresse le constat et opère la relève, en un geste d'adieu (ce mot pouvait laisser craindre le pire, entériner la plainte etc., mais non, il ouvre, il chante) particulièrement vif et vivant : Le négatif ne nous prive pas du chant, il nous en révèle plutôt la beauté. Impossible à résumer mais parcourant des décennies de poésie, analysant et prenant position vers un lyrisme critique, les Adieux au poème sont une leçon. Poésie, le maître mot de l'avenir.
Isabelle Baladine Howald, CIPCM 2006

 
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