Don Juan Tenorio

     José Zorrila y Moral

     José Zorrilla y Moral naquit à Valladolid le 21 février 1817. Eduqué à Madrid, au Royal Séminaire des Nobles, tenu par les jésuites, il entreprit ensuite, à Tolède, puis à Valladolid, des études de droit qu’il abandonna vite au profit de la littérature. Suscité par cette vocation, le conflit avec son père, don José Zorrilla Caballero, un homme au caractère rigide, ultraconservateur, qui fut nommé superintendant de la Police par Calomarde, le sinistre ministre de Ferdinand VII, ne s’apaisa jamais. Zorrilla souffrit profondément de ce différend. A Madrid, où il s’est enfui, en 1836, il fréquente les écrivains, les artistes, les journalistes.
     A l’enterrement de Mariano-José de Larra, qui s’est suicidé par désespoir d’amour, le 13 février 1837, il lit un poème qui lui procura d’emblée une renommée. A la fin de cette même année, il publie son premier recueil de Poésies, il écrit avec frénésie : trois ans plus tard, sept autres tomes de Poésies ont vu le jour. Le succès qu’il connût désormais ne lui assure pas l’aisance matérielle qu’il recherchera toujours en vain. Le mariage qu’il contracte, en 1839, avec une femme veuve, n’est pas heureux.
     Après Vivir loco y morir mas, (1836) une pièce en deux actes, qui ne fut jamais représentée, un drame historique, Juan Dándolo (1839, écrit avec Antonio García Gutiérrez), inaugure sa carrière dramatique. Mais ce fut un échec. El Zapatero y el rey (Le Savetier et le Roi) (1840-1841), qui évoque, dans un esprit absolutiste et réactionnaire, le Roi Don Pèdre Ier de Castille, dit le Cruel, présenté comme le Roi Justicier, fut un triomphe. Outre diverses imitations, ou refontes de comedias du Siècle d’Or, il continua d’écrire de très nombreuses pièces de théâtre (Sancho García, El puñal del godo, El Caballo del rey don Sancho...), avant l’apparition sur scène de Don Juan Tenorio (1844). En 1849,le drame intitulé Traidor, inconfeso y mártir lui procure un nouveau et ultime triomphe comme auteur dramatique.
     A Paris, où il est venu pour la seconde fois en 1851, il fait la connaissance de Victor Hugo, Théophile Gautier, Musset, et fréquente surtout George Sand. C’est là qu’il publie, en 1852, un grand poème historique (Granada) qu’il n’acheva jamais. Séparé de sa femme, il se fixe à Mexico. Soupçonné de conspiration par Juárez, protégé par l’Empereur Maximilien, il continue de mener, malgré sa popularité comme poète, une existence instable et précaire. De retour en Espagne, en 1866, il y est reçu avec enthousiasme par ses admirateurs, qui organisent divers hommages en son honneur. Après la mort de son épouse, il se remarie en 1869. Ses difficultés financières sont toujours grandes. En 1877, l’opéra qu’il avait composé à partir de Don Juan Tenorio, mis en musique par Nicolas Manent, représenté au Teatro de la Zarzuela, ne resta que huit jours à l’affiche. En 1855, il prend possession de son fauteuil à la Real Academia española, où il avait été élu en 1848. La cérémonie fut une apothéose. En 1888, Zorrilla publia trois nouveaux recueils. Dans cette œuvre poétique, extrêmement diverse et abondante, et de qualité inégale, il faut faire une place à part aux compositions d’inspiration historique ou légendaire, qui obtinrent un franc succès et où Zorrilla donna le meilleur de son talent : A buen juez, mejor testigo ; El Capitán Montoya ; Los Cantos del trovador (recueil de six légendes dont Margarita la tornera, légende mariale, où l’on voit la Vierge Marie prendre la place d’une moniale qui s’est enfuie de son couvent) ; Un testigo de bronce...
     Le 22 juin 1889, couronné poète national, Zorrilla reçut à Grenade un hommage triomphal. Il vécut les dernières années de sa vie dans un modeste appartement de Madrid. Il mourut le 23 janvier 1893.
 
     Bernard Sesé