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Algernon Charles Swinburne
Algernon Charles Swinburne naquit en 1837 dans une vieille famille aristocratique. Persuadé que lun de ses ancêtres avait apporté son aide généreuse à la cause perdue de Marie Stuart, personnage fatal à qui il consacra une trilogie théâtrale, il fut très attaché à la réputation héroïque ou chevaleresque de ses ancêtres ainsi quà leur haute noblesse. Il vénérait son grand-père, qui avait longtemps vécu en France où il sétait lié damitié avec Mirabeau et qui symbolisait pour lui lattachement à la liberté. Lesprit de la révolution et la haine des tyrannies devaient plus tard être le thème principal de Chants davant laube (1871). Il ny avait dailleurs pas pour Swinburne de contradiction entre les idéaux aristocratiques et les convictions révolutionnaires, celles-ci sinscrivant dune part dans le mythe de son idéal familial et dautre part dans la tradition littéraire transmise par les poètes romantiques.
Attiré par lunivers viril et actif de son père, lamiral Swinburne, mais clairement dissuadé par lui de faire une carrière militaire, le jeune Algernon, en même temps, fut pris et perverti par une très forte relation dipienne à sa mère avec qui il entretenait un rapport de fascination ; en 1893 encore il lui adressait ces mots enflammés : Vous eûtes et toujours aurez le visage le plus ravissant, le plus délicieux qui soit. Cultivée et raffinée elle sut séduire son fils, lui enseigna le français et litalien, lui fit découvrir la littérature élisabéthaine passion durable pour le poète et apprécier lart. Autoritaire et puritaine elle nautorisait la lecture de Shakespeare que dans une édition expurgée, et fit promettre à Swinburne de ne jamais lire Byron promesse quil ne tint quun temps ! Incapable daimer, ou de haïr, une autre femme quelle, le poète ne put jamais entretenir avec les femmes que des relations imaginaires, sublimées dans des rêves de souffrances et symbolisées par son goût fétichiste pour les femmes fatales, telles Marie Stuart, Lucrèce Borgia ou Vénus, ce qui ne faisait que masquer ses tendances homosexuelles et conforter sa perversion sado-masochiste.
La jeunesse de Swinburne se passa en partie dans les domaines paternels du Northumberland, paysages romanesques battus par les rythmes de la mer et des vents, hantés par des légendes médiévales et des ballades populaires. Cest leur phrasé lancinant que le poète tenta plus tard de retrouver dans ses propres ballades
En 1849, il partit pour Eton où il fit lexpérience de la flagellation, alors considérée comme une méthode déducation banale. Mais bien plus quune épreuve inévitable, ce fut plutôt pour lui une rencontre signifiante, abondamment décrite, avec ses affres et la jouissance qui y était liée, dans son roman inachevé Lesbia Brandon. Ce nétait plus simplement la flagellation de la houle ou le fouet de la mer, cétait la révélation de ce que Mario Praz décrit comme le vice anglais et dont Swinburne devait plus tard faire son ordinaire, dans ces établissements spécialisés décrits par Péladan dans Scandales de Londres
Eton fut aussi un lieu de travail. Swinburne y lut les poètes et dramaturges latins et grecs Sappho appréciée pour sa réputation, certes, mais aussi pour son lyrisme qui plus tard lui inspirèrent Anactoria, les grands tragiques dont il tâcha de retrouver les accents dans Atalante à Calydon (1865). Il lut aussi les élisabéthains Shakespeare, Marlowe, Ben Jonson, Cyril Tourneur dont on sent linfluence sur Rosamond (1860) et Chastelard (1865), les romantiques tels Keats dont il imita la musique et Shelley dont il aimait lardeur et lengagement. Ce fut aussi la découverte de versificateurs et défenseurs de la loi poétique comme Pope ou Dryden. Entré à Oxford en 1856, Swinburne y approfondit encore sa culture littéraire. Il y fit également des rencontres déterminantes, se liant par exemple avec un patriote italien, Aurelio Saffi, ou avec les préraphaélites, Dante Gabriel Rossetti, John Everett Millais et William Holman Hunt. Il écrivit à Oxford quelques sanglantes tragédies néo-élisabéthaines, et publia à Londres, en 1860, après avoir quitté luniversité sans diplôme, Rosamond, selon ses propres termes " aquarelle de Rossetti traduite en vers ".
Dautres lectures furent également essentielles : Baudelaire et ses Fleurs du mal, Victor Hugo et Sade, découvert en 1861, et dont la manière et la théorie satisfaisaient la perversion de Swinburne à laquelle sajoutait désormais une tendance à lalcoolisme de plus en plus prononcée. En 1865, Atalante à Calydon connut un grand succès, malgré la virulence de son athéisme déclaré, et cette année vit aussi la publication de Chastelard, premier volet dun triptyque consacré à la reine dÉcosse, plus tard suivi de Bothwell (1874) et de Marie Stuart (1881). Cest cependant Poèmes et Ballades (1866) qui devait tisser les destinées littéraires de Swinburne, admiré par ses amis, vilipendé par la société qui cria au scandale. Évoquant cette haine, le poète regretta de ne pas avoir écrit en exergue à son volume ces vers de Théophile Gautier :
Jen préviens les mères de famille
Ce que jécris nest pas pour les petites filles,
Dont on coupe le pain en tranches ; mes vers
Sont des vers de jeune homme.
Recueilli, à demi-mourant, par lun de ses amis qui larracha aux plaisirs mortels du fouet et de lalcool, celui qui avait été un poète scandaleux et qui avouait désormais regretter ses péchés de jeunesse, maintenant séquestré volontaire et muré dans sa surdité, devait vivre jusquen 1909.
Extrait de la préface du traducteur, Pascal Aquien.


 
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