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Laurence Sterne
Monument ignoré des lecteurs français, mais monument tout de même. Originaire dIrlande du sud, Sterne ne fut pas un pasteur modèle puisquil lui arrivait doublier même certains offices. Tristram Shandy est dès sa parution un succès fulgurant. Phtisique, Sterne part en France et en Italie doù il rapporte son ultime chef-duvre.
Certains lavaient qualifié de saltimbanque. Depuis lors, le temps lui a rendu justice, puisquon voit en lui aujourdhui un précurseur de Joyce et de Proust, tant par sa technique que par le rôle et la portée de son roman, la dislocation de lintrigue et du temps. Le "shandéisme", frère du spleen, mêle les réflexions sur la solitude, la haine du corps, la fatalité des relations humaines à un humour dévastateur, à une générosité du cur et de lesprit.
Vouloir enfermer Sterne dans une analyse tient de labsurdité. Il est lécrivain anglais le plus libre, le plus anticonventionnel, le plus pillé dAngleterre, celui qui nous console de linguérissable blessure de la vie.
"Je ne dirige pas ma plume, elle me dirige." Elle procède par bonds, sinterrompt par des digressions sans fin, muse, se désaxe, tentant denserrer la vie même dans un livre, mais quel livre !
"Je dois infiniment à Shakespeare, à Sterne et à Goldsmith. Lessentiel, cest davoir une âme qui aime le vrai et qui le prenne là où elle le trouve" (Gthe).


 
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