A Eliza ou
95 variations sur
un thème sentimental

     Laurence Sterne

     Monument ignoré des lecteurs français, mais monument tout de même. Originaire d’Irlande du sud, Sterne ne fut pas un pasteur modèle puisqu’il lui arrivait d’oublier même certains offices. Tristram Shandy est dès sa parution un succès fulgurant. Phtisique, Sterne part en France et en Italie d’où il rapporte son ultime chef-d’œuvre.
     Certains l’avaient qualifié de saltimbanque. Depuis lors, le temps lui a rendu justice, puisqu’on voit en lui aujourd’hui un précurseur de Joyce et de Proust, tant par sa technique que par le rôle et la portée de son roman, la dislocation de l’intrigue et du temps. Le "shandéisme", frère du spleen, mêle les réflexions sur la solitude, la haine du corps, la fatalité des relations humaines à un humour dévastateur, à une générosité du cœur et de l’esprit.
     Vouloir enfermer Sterne dans une analyse tient de l’absurdité. Il est l’écrivain anglais le plus libre, le plus anticonventionnel, le plus pillé d’Angleterre, celui qui nous console de l’inguérissable blessure de la vie.
     "Je ne dirige pas ma plume, elle me dirige." Elle procède par bonds, s’interrompt par des digressions sans fin, muse, se désaxe, tentant d’enserrer la vie même dans un livre, mais quel livre !
     "Je dois infiniment à Shakespeare, à Sterne et à Goldsmith. L’essentiel, c’est d’avoir une âme qui aime le vrai et qui le prenne là où elle le trouve" (Gœthe).