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Sainte-Beuve
Sainte-Beuve est sans doute le moins sympathique des romantiques. Sa duplicité éclate trop souvent et certaines phrases de son Journal le situent dailleurs à lopposé de lidéal romantique : "Je suis incapable daimer et de croire. " Il serait inexcusable sil avait réservé sa bile uniquement à dautres que lui-même.
Le professeur sest souvent trompé sur ses contemporains ; sa méthode connaître lhomme et ainsi luvre le condamnait à cette erreur dès lors que ses qualités indéniables de sensibilité et dintuition étaient mises à mal par une subjectivité volontiers envieuse.
Finalement, cest le carrefour Sainte-Beuve qui nous intéresse aujourdhui, ses sinuosités mêmes, lampleur, la variété, léchec de son uvre. Il prenait plaisir à éreinter les "garçons bouchers de la littérature" avec une méchanceté, une verve que lon cherchera en vain dans les "ragoûts de nos critiques patentés" (P. Drachline).
"Ce cahier renferme mes couleurs concentrées et souvent à létat de poisons ; je nai quà délayer un peu, et jai des couleurs qui font vivre." Sa méthode sappliquerait-elle à lui-même conscience de sa laideur physique, de sa pauvreté matérielle, de ses doutes, de son humiliation ? Faut-il plutôt retenir le bel hommage que lui rendit Thibaudet "un géographe et un promeneur intelligent"


 
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