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Biographie de Stanislas Przybyszewski daprès la préface de Felix Thumen
dans lédition de 1922 de De Profundis
Stanislas Przybyszewski est un des écrivains les plus représentatifs de la Pologne nouvelle. Il appartient à la pléiade de ces artistes qui ont préparé, au déclin du XIXe et à laube du XXe siècle, les bases spirituelles de lindépendance polonaise que les légions de Pilsudzki conquirent militairement pendant la guerre. De ce mouvement artistique appelé sur les bords de la Vistule La Jeune Pologne, Przybyszewski fut le chef.
Né en 1868 dans la province de Kujawy, à cette époque sous la domination allemande dune famille dinstituteurs, Stanislas Przybyszewski se trouva dès son enfance en contact avec la culture allemande. Il en profita ainsi que de ses études aux lycées de Tarun et de Wagrowiec. À lEcole Polytechnique de Charlottenburg il étudia larchitecture et les arts plastiques. Sa mère lui avait transmis sa passion pour la musique. Il devint un des meilleurs exécutants de Chopin et de Schumann. Il fit ses études médicales à lUniversité de Berlin. Sa thèse de doctorat sur la "structure microscopique de la moelle épinière et de lécorce cérébrale" témoigne de connaissances psychologiques approfondies et dune sûreté dinvestigation scientifique étonnante. Toutes ces études ne furent pourtant pour ce chercheur infatigable quune initiation préliminaire. Les recherches métaphysiques et sociales le passionnaient tout particulièrement. Il participa au mouvement social de lépoque (vers 1891). Il fut rédacteur de la Gazette ouvrière de Berlin et même milita parmi les ouvriers dans les mines de Haute-Silésie.
Cette multiple activité fait de ce jeune homme de vingt-quatre ans en 1892 le point de mire de tout le mouvement spirituel de lépoque. Przybyszewski est lami de Schlaf, de Munch, de Holger, de Drachmann, de Strindberg. Il passionne La Jeune Pologne et il publie avec une inlassable activité : en 1892 en allemand des études critiques Chopin et Nietzsche, Ola Hanson ; des écrits purement artistiques Totenmesse (en 1893) et Vigilien (1894) ; des romans où pour la première fois se dessine la philosophie du jeune maître une trilogie puissante Homo Sapiens (I. Uber Bord, 1894, II. Unterwegs, 1895, III. Im Maëlstrom, 1896). À cette époque, vivant à Berlin dans le milieu international des artistes, il écrit en allemand. À partir de 1895 il quitte lAllemagne et voyage pendant plusieurs années dans toute lEurope. Il visite les pays scandinaves, sy marie avec une Norvégienne, séjourne en Espagne et à Paris. Enfin en 1898 il se fixe à Cracovie où il dirige le mouvement artistique de La Jeune Pologne. Entre 1895 et 1898 il a publié la belle étude métaphysique Epipsychidion (1897), son chef duvre De Profundis (1896), un autre roman, les Enfants de Satan (1896), des études critiques Sur les chemins de lâme. Il fonde dès son arrivée à Cracovie limportante revue Zycie (La Vie) qui devient le porte-parole de La Jeune Pologne et où pendant deux ans (la revue cesse de paraître en 1900) Wyspianski, Zeromski, Kasprowicz et dautres bataillent pour le modernisme artistique. En 1900 Przybyszewski part pour Lwow où il devient conférencier. Il y reste un an, puis sétablit à Varsovie. Les trois capitales polonaises deviennent depuis cette date indistinctement le centre de son rayonnement, malgré les multiples voyages à létranger qui continuèrent même pendant la tourmente européenne. Parmi les principaux ouvrages de cette époque je citerai un de ses chef duvre Au bord de la mer (1900), de nombreux drames joués pendant ses séjours à Varsovie La Danse de lAmour et de la Mort et la Toison dOr (1901, 1902), des romans : Androgyne, A lheure du Miracle (1902) ; des poésies en prose La Synagogue de Satan, De la terre Kujavienne ; dautres drames : La Mère (Cracovie, 1903), Les Invités (1902), la Neige (1903) etc., enfin récemment il publia le roman Le Cri.
La principale préoccupation de Przybyszewski est dordre métaphysico-esthétique ; sa philosophie est essentiellement novatrice. Avant Freud nous y trouvons des éléments de psychanalyse. Pour Przybyszewski lart est, à lexclusion de toute préoccupation moralisatrice ou patriotique, la reconstruction de l"âme". Pour Przybyszewski lâme est un absolu métaphysique en opposition avec le cerveau, lintelligence. Pour pénétrer cette "âme nue" il faut saisir au vif lassociation affective des impressions : le seul moyen pour voir clair dans labîme de cette âme. On se rappelle combien ce problème de lassociation affective préoccupa après Przybyszewski la psychologie du début du XXe siècle. Ces idées amenaient notre écrivain à combattre le réalisme, le naturalisme de lépoque. On retrouve des éléments bergsoniens avant la lettre dans la conception que Przybyszewski se fait de lâme : une capacité créatrice et synthétique de lhomme. dans son analyse de lantithèse intelligence-âme Przybyszewski aperçoit la manifestation la plus frappante de l"âme sexuelle" a une certaine parenté avec la "volonté" de Schopenhauer.
Ce Polonais, éduqué à contrecur dans les lycées prussiens, portait en lui comme une maladie chronique la nostalgie du paysage de sa Kujavie natale : une patrie infiniment plate de prairies marécageuses, détangs et de tourbières un absolu de terre et deaux mêlées, où dans dobscurs villages dune pauvreté et dune solitude sans nom, se perpétuaient les traditions de la sorcellerie médiévale. Atmosphère proche encore du Dies irae de Dreyer et qui, dans la conscience moderne, surgit dans la peinture dEdward Munch : le mal, le péché, la liturgie réparatrice, les effondrements de lâme dans les convulsions de la chair, et de ce terroir aussi, très tôt et très fort, lalcool, qui exalte et illumine longtemps avant de tuer. Et puis enfin, émanant de cet univers mais pour lenglober et le transcender, la musique de Chopin.
Ceux qui ont entendu jouer Przybyszewski, nen revenaient pas. Ils étaient atteints au cur. Il y avait dans son jeu une violence, une primitivité, un déchaînement hors de toute règle qui stupéfiaient.
Il y eut aussi, dans les premiers temps dune carrière intense et brève, ladhésion active au socialisme, appuyée sur les fortes béquilles des sciences naturelles et des premières systématisations de la psychologie. Mais Przybyszewski était un homme foncièrement irrationnel, exilé de lui-même. Il était plus près de croire aux sabbats de sorcières et aux messes noires quaux théories du Capital. Il portait en lui, lempreinte dun catholicisme magique contre lequel il se rebellait, proclamant la valeur inconditionnelle du sexe, mais auquel il revenait toujours avec des ivresses de repentir qui lui faisaient donner à ses ouvrages des titres venus tout droit de la liturgie, In hac lacrymarum valle, De Profundis, Ascensio,
Son cur, contre toute raison, croyait au Diable.


 
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