Fragments de
poésie ancienne

     Ossian

     En 1760, à Edimbourg, paraissait une plaquette de poèmes en prose intitulée Fragments de Poésie Ancienne, recueillis dans les Hautes-Terres d’Ecosse, et traduits de la langue gaélique ou Erse. Le succès immédiat rencontré par ces textes écossais devait inciter le traducteur-adaptateur à récidiver : James Macpherson donnait ainsi l’année suivante, puis en 1763, deux forts volumes in-quarto qui allaient former la matière des célèbres Œuvres d’Ossian (1773 pour le texte définitif). Elles devaient faire d’un obscur précepteur, tour à tour, un objet d’admiration et de scandale, et lui assurer de confortables revenus.
     L’irruption de ces chants épiques ou lyriques, dans le désert poétique du milieu du dix-huitième siècle, fit l’effet d’un raz-de-marée. La suite appartient à l’histoire : la polémique relative à leur authenticité, tout en mettant un frein parfois à leur accueil critique, devait tout autant leur assurer une publicité considérable et contribuer à leur diffusion. Des noms aussi prestigieux que Blake, Coleridge, et Byron en Grande-Bretagne, Gœthe et Schiller en Allemagne, Alfieri et Foscolo en Italie, Chateaubriand et Napoléon chez nous, illustrent le destin d’une œuvre adulée et controversée.
     Pour la première fois en France, le présent volume offre l’intégralité des Fragments de 1760, dans un texte critique basé sur la seconde édition corrigée et augmentée, parue la même année. Ce volume ne présente pas seulement l’intérêt d’être à la source même d’un courant capital du Romantisme, mais aussi d’avoir été partiellement traduit en revue, de 1760 à 1764, par des auteurs aussi importants dans leur diversité que Turgot, Diderot et l’académicien et Européen Suard, dont les versions sont ici reprises et complétées.
     "J’avoue être un admirateur d’Ossian au même titre que de n’importe quel autre poète" (Blake : l’un des rares qui soient indifférents à la querelle et fidèles à Ossian).