Nathan le Sage

Minna von Barnhelm

     Gotthold Ephraïm Lessing

     Lessing se plut à opposer la liberté d’un Shakespeare à un art de courtisans asservi à des règles mesquines, celles du classicisme français. Malgré cela, il reste proche du rationalisme. Grand polémiste, il développe dans ses Lettres sur la littérature moderne des idées qui serviront de base aux thèmes essentiels du romantisme. Plus que la forme, c’est la vérité exprimée qui lui importe. Contrairement aux Français, il fait face à un vide complet de la scène littéraire allemande ; il ne peut y avoir d’opposition à des classiques allemands qui n’existent pas, mais aux modèles français que certains cherchent à imposer.
     Il se consacra toute sa vie à la recherche de la vérité et fut hostile à toute intolérance, à tout préjugé de classe, de nationalité ou de religion. Comme Diderot, il est un mélange de l’homme ancien et de l’homme nouveau. Bien malgré lui, le classique, le raisonneur Lessing prépare la révolution romantique allemande, notamment en faisant admettre la relativité du beau et du goût, en prônant l’estropoetico, enthousiasme sans lequel il n’y a point de vraie poésie, en cherchant à replacer les œuvres d’art dans leur cadre historique et local, en refusant le tabou français des genres bâtards. Mettant en actes ses idées, il fut aussi à l’aise dans les comédies (Minna) que dans les drames (Nathan le sage), les fables, la critique (Dramaturgie de Hambourg).
     "Lessing, conformément à son caractère batailleur, se tient de préférence dans le domaine des contradictions et du doute ; la discrimination, voilà son fort, et en cela, il est magnifiquement servi par sa grande intelligence. Pour un esprit médiocrement doué, il était dangereux" (Gœthe).