L'Ermite
de la forêt

     Jakob Michael Lenz

     Lenz est avec Gœthe et Klinger l’un des fondateurs du mouvement "Sturm und Drang" (Tempête et passion), mais le seul dont la révolte durera jusqu’à sa mort. Surtout connu pour son œuvre dramatique où s’exprime une critique sociale exacerbée à travers des personnages en proie à la violence de l’instinct, il contribua avec Gœthe à la diffusion de l’œuvre shakespearienne, dont il retiendra quelques grandes leçons.
     Il est, parmi les romantiques, l’individualisme absolu incarné, le radical. Son caractère asocial, ses échecs sentimentaux renforceront ses certitudes, son orgueil et, au fil des ans, ce qui deviendra son délire de persécution, dont Büchner dans son Lenz a su rendre les progrès.
     Figure emblématique de l’inadaptation, il est le rêve qui, refusant de se plier au réel, sera brisé. "Nous ignorons si cet homme sensible et déjà malade eût succombé dans de tout autres conditions tumultueuses encore plus accidentelles et extérieures de son existence" (H. Hesse). Certains auteurs allemands actuels le classent d’ailleurs parmi les précurseurs de 68. Gœthe, le mondain, comprendra vite qu’il peut nuire à sa carrière et le rejettera : "Les âneries de Lenz, hier soir, nous ont fait pâmer de rire. Je n’arrive pas à m’en remettre".
     En proie à la désillusion, déçu, mortifié, il errera de place en place à travers l’Europe, jusqu’à ce qu’on le retrouve mort dans une rue de Moscou.
     "Quelle étrange composition de génie et d’innocence" (Wieland).