Mémoires
et autres récits

     Pierre-François Lacenaire

     Si Lacenaire n’était que la figure mythique du poète assassin incarné par Marcel Herrand dans Les Enfants du Paradis ou le personnage d’un fait divers dont la vie extraordinaire puisse se résumer en images cinématographiques, il ne nous intéresserait pas ou guère.
     Ce qui importe, ce n’est pas Lacenaire mais les Mémoires de Lacenaire, œuvre en action, œuvre dont l’écho, de Lautréamont à Char, de Breton à Debord, est considérable.
     L’édition originale de ses Mémoires, comme ses nombreuses biographies, comportaient d’importantes lacunes. Les faits y sont généralement déformés, les dates fausses ; chaque auteur semblant avoir eu à cœur de reprendre ou d’aggraver les erreurs de ses devanciers et de suppléer par l’affabulation au manque de documents qu’il n’a pas recherchés.
     Jacques Simonelli, à partir d’archives et de témoignages d’époque, a réussi à établir enfin une édition digne de ce nom. On y trouve aussi d’autres écrits qui les éclairent – ceci à partir de 16 manuscrits, ce qui lui a permis notamment de rétablir des passages censurés de l’édition originale –, un dossier biographique et une chronologie permettant de donner ainsi tout son relief au Lacenaire criminel, comme au Lacenaire écrivain.
     Au terme de cette course volontaire à l’abîme, les Mémoires constituent l’acte ultime d’un assassin qui persiste et qui signe. Le Comte de Lautréamont n’y fut pas indifférent. Il semble que ces mémoires aient armé sa main.
     "Au point de vue moral, il semble bien n’y avoir jamais eu de conscience plus tranquille que celle de ce bandit. À la veille de sa mort, il plaisante les prêtres qui l’importunent, les phrénologues, les anatomistes qui le guettent" (André Breton).