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Heinrich von Kleist
Kleist est lun des rares romantiques qui aient mis pleinement leur pensée en action. La recherche de labsolu a été sa seule quête dans sa vie publique, littéraire et privée. Le suicide à deux, minutieusement préparé alors quil na que 34 ans, en sera lultime témoignage son Penthésilée, où le vertige de lamour est associé à celui de la mort, apparaissant désormais comme un signe prémonitoire. Il écrivit peu, mais nen est pas moins le plus grand de la seconde génération même si ses uvres furent accueillies dabord avec incompréhension.
Sa vie chaotique, faite de passion et de déception aussitôt surmontée ("Tôt ou tard, il faudra que je reparte, tel est mon destin"), dune densité extrême, est tragique comme la plupart de ses textes. De la lignée de Shakespeare, il sait à merveille faire entrer dans des canevas classiques la barbarie et le démesuré, le duel éternel du réel et de la subjectivité, limpossible tentative de dépassement hormis dans Le Prince de Hombourg.
Chez lui, le rêve nest jamais un refuge : bien plutôt un ferment de réconciliation avec le réel. Lêtre doit satteindre sans le secours de la raison, qui mène à une impasse, ni de la volonté, souvent stérile, mais à travers la grâce de labolition du Moi, qui seule délivre de ces vies "verrouillées de lintérieur", si fatales à lêtre humain. Lhomme ne peut choisir quentre des maux également incurables.
"Il est bien plus grand et plus parfait que [Schiller]. On ne peut le ranger quà côté de Gthe, qui a peut-être pu linspirer, mais auquel il nest jamais subordonné. Seul Shakespeare la enfanté" (J. Grimm).


 
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