Monsieur du miroir

Carnets américains

Le Faune de Marbre


     
Nathaniel Hawthorne (Américain, 1804 – 1864)

     (Voir également l'essai de Henry James sur Nathaniel Hawthorne, publié dans la collection En lisant en écrivant, parution septembre 2000)

     “Depuis notre dernière rencontre (…) je me suis retranché de la société dans la réclusion ; et pourtant je n’ai jamais voulu rien de tel ni rêvé quelle sorte de vie j’allais mener. J’ai fait de moi un captif et me suis mis dans un donjon, et maintenant je ne trouve pas la clef pour m’en tirer – et si la porte était ouverte, j’aurais presque peur de sortir.” L’homme qui écrit ces lignes explore, depuis quelques années, dans la plus grande solitude, les “labyrinthes de l’âme puritaine” et s’adonne, “n’ayant rien d’autre dont (il) puisse avoir l’ambition”, à la littérature.
     Né aux États-Unis, à Salem, le 4 juillet 1804, Hawthorne a passé ses premières années dans une maison hantée. D’une beauté extraordinaire, l’enfant s’est engagé sur le chemin d’une existence à succès. Puis soudain l’adolescent disparaît. Il se terre douze années de suite dans le giron maternel. Ces années solitaires lui firent découvrir en lui une à une – il les exorcisa avec sa plume – ces dispositions du “caractère” humain qu’un esprit solitaire peut connaître : l’esthète stérile, le spéculateur impuissant de la vie des autres, le “voyeur”, l’égocentrique, l’investigateur cruel et scientifique des âmes : types de personnages apparaissant sans cesse dans son œuvre.
     La rencontre de Sophie Peabody, au sortir de sa réclusion, l’incite à renouer avec le monde. Il entre aux douanes de Boston et participe à l’expérience de “Brook Farm” inspirée de Fourier, mais toujours avec le même scepticisme. Pour Sophie Peabody, il éprouve une véritable “adoration érotique”. Il a trente-huit ans, il est vierge. Il a pour celle qu’il épouse et qui l’a sorti de l’abîme, qui l’aide à retrouver sa place dans la "chaîne magnétique de l’humanité", une reconnaissance infinie. Entre 1849 et 1853 il publie La Lettre écarlate, La Maison aux sept pignons, Valjoie, Le Livre des merveilles et les Contes du bois touffu.
     Nommé consul à Liverpool, grâce à Franklin Pierce, camarade d’étude devenu président des États-Unis, il découvre l’Europe, avec sa femme et ses enfants, et c’est en Italie qu’il choisit de situer l’intrigue du Faune de marbre.
     “Sa mort, survenue en 1864, aux États-Unis, fut un cas évident de mort physique déterminée par la nécessité et la volonté de mourir.”


La Maison natale de Nathaniel Hawthorne,
© Sophie Geoffroy-Menoux


    
 Extrait de Hawthorne, fils de Puritains par Mathieu Lindon, Libération, 16 février 1995.
     Hawthorne a 4 ans quand son père meurt, 9 quand une blessure au pied le contraint déjà à passer plus d’un an presque comme un reclus, boîtant, 16 quand il écrit à sa mère, concernant le choix de sa profession : “Être pasteur est naturellement hors de question. je ne crois pas que vous désiriez vous-même me voir choisir un mode de vie aussi terne. (...) Que diriez-vous si je devenais un auteur et si je subvenais à mes besoins par ma plume ?” À 18 ans , il est d’une beauté remarquable. À 21 ans, il rentre à Salem et commence à travailler dans la fameuse pièce dont il dit dans ses Carnets : “Dans cette chambre lugudre et sordide, la célébrité fut conquise.”

     
Extrait de Hawthorne ou l’union des contraires par Christine Jordis, Le Monde, 10 mars 1995.
     “De Nathaniel Hawthorne, qui naquit à Salem en 1804 et fut élevé par une mère recluse et mélancolique, on sait qu’il fut toute sa vie hanté par la pensée du Mal.. (...) Son imagination était tournée vers le tragique, attirée vers le sombre des âmes. (...) Les ruine le fascinaient et la décrépitude des choses. (...) Il avait du malheur, de la perversité, du crime et de la folie une connaissance profonde, que compensait – ce qu’on sait moins – d’évidentes dispositions au bonheur.”

     
Extrait de Hawthorne, Classique, donc actuel par Josyane Savigneau, Le Monde, 22 mars 1996.
     Est-il possible de penser l’Amérique, en sa littérature, sans réfléchir sur la place de Nathaniel Hawthorne ? Probablement pas. C’est à partir de lui, au milieu du XIXe siècle, que cette littérature prend son autonomie, cessant d’être, sur le Nouveau continent, un prolongement de la littérature de la littérature anglaise. La lettre écarlate, roman qui rendit Hawthorne célèbre en 1850, et explore le puritanisme de la Nouvelle-Angleterre, marque cette naissance. Mais l’influence du romancier, né à Salem, descendant d’un de ceux qui condamnèrent à mort les supposées sorcières, va bien au-delà. Melville lui dédie Moby Dick : “En hommage de mon admiration pour son génie.” Ensuite, c’est une longue succession de grands écrivains américains qui disent leur dette envers Nathaniel Hawthorne.” 


La douane de Salem, © id.







     


Monsieur du miroir, et autres textes, traduction Pierre Leyris.
Carnets américains, traduction de F. Charras.
Le Faune de Marbre, traduction de Roger Kann.
Nathaniel Hawthorne par Henry James, collection En lisant en écrivant.



La Maison aux sept pignons, © id.


     

Carnets du reclus, trad. de Jean-Philippe Segonds, Fata Morgana, 1987.
Contes et récits, trad. de Muriel Zagha, Imprim. Nationale, 1996.
La lettre écarlate, trad. de Marie Canavaggia, Gallimard, 1996.
La Maison aux sept pignons, trad. de Marie Canavaggia, Rocher, 1988.
Le manteau de Lady Eleonore et autres contes, trad. de Charles Cestre, Flammarion, 1993.
Le second livre des merveilles, trad. de Pierre Leyris, Pocket, 1996.
La toison d'or, Ecole des Loisirs, 1979.
Valjoie, Gallimard, 1952.








de septembre 2000 est consacrée à Nathaniel Hawthorne