Contes fantastiques

     Théophile Gautier

     Mis à part Baudelaire, qui le plaçait au premier rang : "poète impeccable, parfait magicien ès lettres françaises", Gautier est considéré comme un bon, mais point un grand écrivain, à la croisée sans plus des grands courants littéraires qui agiteront le XIXe siècle. Il mérite pourtant mieux que quelques pages de manuel scolaire, ou les multiples adaptations cinématographiques dont Le Capitaine Fracasse fut l’objet.
     Contrairement à Balzac, qui parvint à tirer parti du carcan du feuilleton, Gautier s’y laissa enfermer et resta un journaliste. Ce n’est pas qu’il manquât d’ambition – l’attestent sa préface à Mademoiselle de Maupin, son poème La Comédie de la Mort, tout comme son influence sur les Parnassiens, qui verront dans Émaux et Camées un évangile de l’Art pour l’Art.
     C’est sans doute dans ses récits de voyages et dans ses contes fantastiques que Gautier, curieusement, se montre le plus intéressant : il a le don de l’évocation des formes et des couleurs. Sa maîtrise n’a pas le temps de nous lasser ; elle n’exclut pas des accents graves : regret de ne pouvoir échapper aux limites de la condition humaine, besoin d’une évasion, au-delà du temps et de la mort.
     Gautier, enfin, fut un personnage s’ingéniant à choquer le bourgeois, meneur des défenseurs lors de la première bataille d’Hernani, puis pourfendeur des trucs romantiques, où lui-même avait excellé et dont il avait abusé.
     "Théophile Gautier… est un des talents que je reconnais mais il est sans force de conception… Il a un style ravissant, beaucoup d’esprit, et je crois qu’il ne fera jamais rien, parce qu’il est dans le journalisme" (Balzac).