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William Beckford (Anglais 29 septembre 1760 2 Mai 1844)
Longtemps connu pour son seul Vathek (1872), chef-duvre unique dun des rares écrivains anglais dexpression française, récit de voyage initiatique, William Beckford eut un destin aussi incroyable et fascinant que celui de son conte, oriental et gothique.
Sa vie comme son uvre sont paradoxales. Jeune homme prometteur, fils le plus opulent dAngleterre selon le mot de Byron, ouvert à toutes les cultures (latine, française, italienne, arabe ou persane), à tous les arts (pianiste, chanteur, compositeur, collectionneur averti), il est aussi un proscrit parcourant longtemps lEurope avant de venir senterrer en Angleterre une fois linterdit levé ; il est ce voyageur infatigable et cruel qui erre pour rêver ; il est ce débauché fasciné par la dévotion et la pompe catholique ; lenfant de la nature qui court les bois ; lartiste épris dartifice.
La découverte progressive de son uvre (que nous avons explorée avec un choix de correspondances, de contes orientaux et de fragments) montre bien que derrière cet écrivain, longtemps considéré comme marginal, se cache une figure emblématique du véritable Siècle des lumières, dont on a trop souvent ignoré la formidable part dombre quil recèle.
"Tout coule de source, avec une limpidité vive, avec un ondoiement large de périodes ; et léclat tend à se fondre dans la pureté totale du cours, qui charrie maintes richesses de diction inaperçues dabord".
(Mallarmé).

Fonthill Abbey
Repères chronologiques de William Beckford :
1760 Naissance à Soho Square le 29 septembre. Grandit à Fonthill dans le Wiltshire.
1764 Compose quelques duos avec le jeune Mozart (alors âgé de huit ans).
1770 Mort de son père Alderman Beckford en juin.
1777 Premier voyage : à Genève.
Écrit The Long Story, publication sous le titre The Vision (en 1930).
1780 Publication de Biographical Memoirs of Extraordinary Painters.
1782 Écrit Vathek en français.
1783 Dreams, Waking Thoughts and Incidents interdit de publication.
Épouse Lady Margaret Gordon.
1785 Naissance de sa fille aînée, Maria Margaret Elizabeth.
1786 Naissance de sa deuxième fille, Susan Euphemia.
Mort de sa femme 12 jours après (âgée de 23 ans).
Interdiction de publier Vathek en anglais.
1787 Première visite de l'Espagne et du Portugal.
1789 À Paris pour la prise de la Bastille.
1791 Mort de Louisa Beckford à l'âge de 35 ans.
Publication de sa traduction des Contes populaires Allemands.
1794 Visite des monastères d'Alcobaça et Batalha au Portugal.
1796 La construction de Fonthill Abbey commence. Il acquiert la bibliothèque de Gibbon.
1797 Publication d'Azemia.
1798 Mort de sa mère, la "Bégum".
1800 Visite à Fonthill de Lord Nelson et de Sir et Lady Hamilton.
1807 Démolition de Slendens et installation à Fonthill Abbey.
1810 Susan épouse le futur Duc d'Hamilton.
1811 Naissace du premier de ses cinq petits-enfants.
1812 Construction du transept Est de Fonthill Abbey.
1818 Mort de Margaret à l'âge de 33 ans.
1822 L'Abbaye est vendue à John Farquhar (à la suite à de problèmes financiers).
Installation à Lansdown Crescent, Bath.
1825 Effondrement de la Tour Centrale de Fonthill Abbey.
1827 Restauration de la Tour de Beckford.
1828 Mort de Franchi, son ami de quarante ans.
1834 Naissance du du premier des sept arrière-petits-enfants (nés de son vivant).
Publication de Italy ; with Sketches of Spain and Portugal.
1835 Publication de Recollections of an Excursion to the Monasteries of Alcobaça and Batalha.
1844 Meurt le 2 mai à l'âge de 82 ans.
Le rire de William Beckford
Par Dominique Fernandez du Nouvel Observateur, 22-28 août 1991
Pas de figure plus savoureusement extravagante que celle de ce William Beckford, grand seigneur scandaleux, banni de son pays comme le serait, quelque cent ans plus tard, et pour les mêmes raisons, un autre Anglais illustre, Oscar Wilde. Et pas décrins mieux adaptés à ses petits ouvrages insolents et précieux que les volumes de la Collection romantique publiés par José Corti, carrés de format et non massicotés.
Cet éditeur est le seul qui laisse encore au lecteur le plaisir de couper les pages de son livre, et de senfoncer ainsi, peu à peu, à la recherche du trésor caché. Métaphore qui convient on ne peut mieux à William Beckford, initié très jeune aux délices des Mille et une nuits, et dont tous les récits, quils soient fictions ou voyages, présentent lexquise ambiguïté dun conte oriental.
Il navait que 18 ans, lorsquil écrivit, en 1777, La Vision, son premier texte, jusquà présent inédit en français, et qui, annonçant par la grâce dune rose voluptueuse et fluide ce chef-duvre absolu que sera le célèbre Vathek, est déjà un admirable récit dinitiation romantique. Le narrateur ségare dans une montagne abrupte où il rencontre un vieux brahmane qui lui propose daccéder aux sphères supérieures de la connaissance à travers des rites de purification par leau et le feu. Il y a du Novalis dans cette quête des secrets primordiaux cachés au fond de grottes mystérieuses, il y a du Baudelaire dans le goût de développer au moyen de sensations inconnues lénergie vitale inemployée dans la vie ordinaire.
Mais on pense surtout, en lisant le récit de ces aventures magiques et de ces cérémonies réparatrices, à La Flûte enchantée. Vathek, conte froid et cruel, exprime le côté sadique de Beckford, La Vision son côté élégiaque et rêveur. Au seuil de lannée Mozart, on ne pouvait rendre plus bel hommage au compositeur quen publiant ce texte imprégné dun esprit denfance et de féerie mozartien.
À 19 ans, Beckford séprit dun garçon de 11 ans, William Courtenay, troisième vicomte du nom. Sa mère, veuve dun planteur de la Jamaïque riche à millions, crut prudent de lenvoyer en Europe. Il accomplit son "grand tour" en Hollande, en Allemagne et en Italie, doù il rapporta le Voyage dun rêveur éveillé (deux volumes de la "Collection romantique"). Vathek date de 1786. Surpris dans une chambre en compagnie du petit Courtenay qui était devenu un jouvenceau de 17 ans, Beckford choisit comme exil le Portugal. Il arriva sur les rives du Tage escorté de son médecin suisse, de son cuisinier français, de plusieurs dizaines de serviteurs, dun équipage de trois voitures, de son pianoforte et de son clavecin.
Son Journal intime au Portugal et en Espagne (Corti, 1986) et ses Souvenirs dAlcobaça et Bathalha (un autre petit volume de la Collection romantique) sont de malicieux et délectables récits de la vie mondaine à Lisbonne et dans les monastères des environs. Il est le premier de cette race dhomme du Nord qui, élevés dans le puritanisme de la religion réformée, élurent lEurope du Sud pour jouir dun climat et de murs plus conformes à leur goût.
Lantipathie de Beckford à légard de la civilisation septentrionale sétendait jusquaux écoles de peinture. Vies authentiques de peintres imaginaires est un autre joyau de la Collection romantique. Il écrivit ces pages dans son extrême jeunesse, pour tourner en dérision la méticulosité perfectionniste des petits maîtres hollandais. On les entend disputer gravement sur la question de savoir sil vaut mieux employer lhuile de noix ou le blanc duf. Le nommé Watersouchy (ce qui sonne un peu comme Pot-au-feu) aime à représenter "les comestibles, les vieilles femmes et autres natures mortes".
À la fin de sa vie, il réussit à peindre "dans un plat en porcelaine de Chine un fromage avec ses vers", et, pour chef-duvre ultime, laissa le portrait dune puce."Sucrewasser" ("Eau sucrée") et "Soorcrout" ("Choucroute") de Vienne en prennent aussi pour leur grade.
Tout est burlesque dans cette satire, mais, de même quil préfigure Mozart dans La Vision et Gide dans ses journaux de voyage, Beckford annonce ici, par la minutie de ses reconstitutions fantaisistes, lérudition pince-sans-rire dun Marcel Schwob, dun Borges. Ce dandy, ce dissident du sexe, ce franc-tireur de la littérature a eu du mal à traverser les siècles : on lui a fait payer cher son amateurisme, son audace, sa liberté. La Vision na été publiée à Londres quen 1930, et il y aurait encore beaucoup dinédits. Tant mieux au fond, car, libre de commentaires, épargné par les gloses, on le découvre dans la jeunesse et léclat de son génie.

L'intégralité de l'uvre de Beckford en français est chez Corti. Certains textes comme par exemple Les Suites de contes arabes onté été travaillés sur manuscrit car inédits en anglais avant la traduction française.



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