Massimilla Doni

Le Sorcier

     Honoré de Balzac

     Il est particulièrement illusoire, pour Balzac peut-être plus que pour aucun autre, de vouloir enfermer cet ogre génial dans quelques phrases – lui qui écrivit quelque 20 000 pages. Nous effleurerons donc seulement certaines facettes de cet immense écrivain.
     Sa voie naturelle aurait pu être celle d’un romantisme échevelé sous l’influence de Walter Scott ou de Swedenborg, mais sans sa prédilection pour les ténèbres, Balzac ne serait pas Balzac.
     Derrière son réalisme apparent et parfois dominant se cache une psychologie où l’irrationnel, l’invisible et le mystère ont leur part. Il y a un Balzac romantique, comme il y a un Balzac gothique ou frénétique, terme qui lui convient particulièrement. S’il ne signa pas Falthurne ou Le Sorcier, on compte dans cette veine quelques chefs-d’œuvre – La Peau de chagrin en étant le plus bel exemple.
     Il rencontra et rencontre encore un prodigieux écho. Peut-être arrive-t-il parfois que valeur et succès ne soient pas incompatibles, tout comme modestie et talent : "Saluez-moi… car je suis tout bonnement en train de devenir un génie."
     Créateur du roman moderne, il le tire tout entier de l’imagination exaltée, de l’étreinte confuse et totale du romantisme. Ne dit-il pas à l’Étrangère qu’il écrit "les Mille et une nuits de l’Occident" ? Avec lui, même les réalités deviennent légendes.
     "Monsieur de Balzac était un des premiers parmi les plus grands, un des plus hauts parmi les meilleurs. Tous ses livres ne forment qu’un livre, livre vivant, lumineux, profond, où l’on voit aller et venir, marcher et se mouvoir, mêlée au réel, toute notre civilisation contemporaine" (Victor Hugo).