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Silvina Ocampo (1903-1993)
Silvina Ocampo naquit en 1903 à Buenos Aires et mourut en 1993 dans cette même ville, dont elle avait si passionnément aimé les arbres magnifiques. Son uvre en prose arriva de ce côté de locéan grâce à Hector Bianciotti, qui choisit les contes pour Faits divers de la terre et du ciel, ouvrage paru en 1974, qui souvre par deux belles introductions, une de Borges et lautre dItalo Calvino. Mais à lexception de quelques poèmes, que jai traduits pour différentes revues, son travail poétique, qui représente plus de la moitié des vingt titres de son uvre publiée, reste inconnu des lecteurs français.
Poèmes damour désespéré vit le jour en 1949 en Argentine. Le recueil contient les thèmes préférés de lauteur ; ils se déversent comme une cascade, venus dune seule source : lamour. Dans un livre de dialogues avec lécrivain argentin Noemí Ulla, elle dit : Cette histoire décrire fait partie de lamour
Écrire est un acte damour
Parfois jécris pour une personne amie, qui mest chère, et qui ressent ce que jécris. De la fontaine, évoquée si souvent dans ses poèmes, fusent des gerbes de toutes les fleurs, tous les parfums, les étoiles de lété, les branches des eucalyptus, loiseau et son chant, la ligne du lévrier en fuite dans la plaine, les crépuscules qui brûlent lâme, et leau qui court entre les reflets des mots.
Lorsquon lit la poésie de Silvina, on se promène dans un jardin circulaire qui fut celui de son enfance ; cest le soir, avec ses flammes qui survolent et ses parfums mêlés qui montent de la terre ; cest lamour et la mélancolie ; cest la rivière et ses timbres ; ce sont les couleurs qui sy reflètent, sy répètent à peine altérées ; cest le silence de la sieste et ses murmures ; cest une transparence palpable, tiède, sensuelle, matière des rumeurs, de lair, des ombres. Et en réalité on ne lit pas ; le lecteur déambule près de ses songes, comme si le texte, dont il entreprit la lecture, lavait invité à laisser le livre de côté et à se perdre dans les sentiers dune lumière intime, où les fleurs, le lierre, les plantes, les arbres, poussent et sentrelacent à leur guise. Nul norganise cette nature enchantée, où les mystères sexhalent des miroirs, guidés à peine par un regard passionné.
Ce regard est aussi visionnaire. Borges nous le rappelle dans son introduction : Il y a chez Silvina Ocampo une vertu quon attribue communément aux Anciens ou aux peuples dOrient, et non à nos contemporains. Cest la clairvoyance ; plus dune fois et non sans un début dappréhension, je lai sentie en elle. Elle nous voit comme si nous étions en cristal, elle nous voit et nous pardonne. Essayer de la tromper est inutile.
Elle possédait une intelligence céleste, dont elle faisait usage en silence pour observer la nature quelle vénérait, comprendre les animaux, les êtres qui lui étaient chers. Magicienne, elle pratiquait naturellement la divination, sexerçant, comme la muse Polymnie, aux facultés dapprendre, de pressentir, de se souvenir. Elle se plaisait à traduire ses poèmes en dautres langues, et en espagnol la poésie de Ronsard, Nerval, Baudelaire, Andrew Marvell, Alexander Pope et surtout celle dEmily Dickinson, qui lenvoûta pendant de longues années, et dont elle rassembla six cents poèmes dans un volume préfacé aussi par Borges. Avec une fascination particulière, elle écrivit de nombreuses pièces de théâtre, inédites pour la plupart, à lexception de Los Traidores (Les Traîtres) quelle conçut avec Wilcock. Musicienne, elle connaissait les secrets de la peinture, des lumières et des ombres ; elle dessinait indistinctement les portraits de ses amies et de ses poèmes, entrelaçant ainsi, dun même fil, les visages et les mots.
Silvia Baron Supervielle


 
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