|
|
Harry Laus, Brésilien, 11 décembre 1922 - 27 mai 1992.
Présentation de Claire Cayron.
Il a chanté, ri, fait la fête, souffert, pleuré, aimé, il a vécu. Cette affirmation de luniversitaire brésilienne Zahidé Lupinacci Muzart aurait pu servir dépitaphe à Harry Laus, sil navait déjà choisi la sienne, issue de son Journal absurde : Ne pas se borner à accepter la vie, mais l'endurer, l'interpréter, la conduire vers une fin qui la justifie en totalité. Et la vie de Harry Laus a été des plus complexes.
Il est né à Tijucas, une petite ville de lÉtat de Santa Catarina, au sud du Brésil, dans une famille dorigine allemande dont les premiers représentants étaient arrivés de Prusse en 1847. Orphelin de mère à lâge de 6 ans, il était le 14e dune fratrie de 16 enfants issus des trois mariages de son père. La très modeste situation familiale la conduit dans larmée dès lâge de 17 ans. Il en est sorti avec le grade de lieutenant-colonel, à loccasion du coup dÉtat de 1964, après une carrière tourmentée et périlleuse, en raison des différentes formes de son inadaptation au milieu militaire.
Lune delle est la vocation littéraire quil a revendiquée dès 1947, et développée confidentiellement jusquen 1953 où, sous un pseudonyme, il a été couronné pour un essai sur luvre de Ibsen. Durant ces années, de caserne en caserne, il sest formé intellectuellement dans la plus grande solitude, et souvent le plus grand inconfort, avec un acharnement parfois désespéré, dont témoignent les premières années de son Journal absurde, commencé à lÉcole militaire.
Lautre motif dinadaptation était son homosexualité. Dans son dernier ouvrage, le roman Les Jardins du Colonel, on peut lire : Au cours de sa carrière, il avait parfois relâché la vigilance quil exerçait sur lui-même, et la continence forcée avait explosé ici ou là. La dissimulation alors se lézardait, lobligeant à abandonner les déguisements qui travestissaient sa personnalité, au point de ne plus se reconnaître lui-même. Le Journal absurde, encore inédit au Brésil dans sa version intégrale, rend compte, entre autres témoignages, des risques et périls encourus.
Jamais je nai rencontré personne qui eût moins la vocation militaire que ce garçon de Santa Catarina, civil par nature et par conviction, né pour vivre libre et bohême, non pour marcher au pas, a écrit Jorge Amado dans une préface. Cependant, la vie militaire a aussi nourri luvre de Harry Laus plusieurs de ses 55 nouvelles y ont trouvé leur cadre et leur sujet.
Au bout dune dizaine dannées dintense activité littéraire, Harry Laus a saisi loccasion, à partir de 1962, de développer son goût pour les arts plastiques, en devenant successivement chargé de la rubrique correspondante dans divers quotidiens de Rio de Janeiro, notamment le Jornal do Brasil puis de la revue Veja, en relation étroite avec son amie la galériste Ceres Franco. Membre de lAssociation Brésilienne et Internationale des critiques dart, il a participé en 1971 et 1972 au jury de la Biennale de São Paulo.
Il sest retiré à partir de 1976 dans son État natal, où il a dirigé le musée de Joinville puis le M.A.S.C. (Museo de Arte de Santa Catarina). À ce poste, il a promu et rédigé le catalogue des artistes plasticiens catarinenses. La poursuite de son Journal, trois romans, un recueil de nouvelles sur le sujet de lamour banni et un documentaire autobiographique marquent également cette dernière période de sa vie.
Une attention mélancolique à la fragilité humaine, fruit de la multiplicité de ses expériences de vie, lexigence formelle de simplicité, et la sensibilité visuelle trace de son autre vocation artistique, caractérisent lécriture de Harry Laus.

Lintégralité de l'uvre de Harry Laus est en cours de publication aux éditions Corti.

 
|
|