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Georges Fourest (1867-1945)
Né le 6 avril 1867 à Limoges, Georges Fourest suit des études de droit qui font de lui un "avocat loin de la cour dappel", comme il aime à se nommer, vient à Paris, où il fréquente les milieux littéraires, collabore à plusieurs revues (La Connaissance, Le Décadent) et se rend célèbre avec La Négresse blonde (Messein, 1909, rééd. Corti 1986), préfacé par Willy. Placé sous le patronage de Rabelais, " Le Duc, le Roi, le Maître ", ce recueil qui aime la plaisanterie scatologique, lallusion gaillarde et la métaphore burlesque cultive en fait lintellectualisme puisquil ne cesse de travestir dautres textes, en résumant parodiquement les grandes pièces du théâtre classique (" Carneval de chefs-duvre ") ou en pastichant les poètes du XIXe siècle comme Verlaine, Laforgue ou Mallarmé dont il est nourri (les " pseudo-sonnets "). Constant dans la futilité et indifférent aux transformations de la littérature daprès-guerre , Georges Fourest fait encore paraître Contes pour les satyres (Messein, 1923, rééd. Corti, 1990) et le Géranium ovipare (Corti, 1935, réé. 1984), qui respirent une même atmosphère ludique et lubrique. Il meurt à Paris le 25 janvier 1945, mais après une période de désaffection, il est peu à peu redécouvert à mesure que se manifeste un regain dintérêt pour la littérature 1900 : à la lumière des préoccupations contemporaines, ce " Fol de Cour " (Willy) devient un précurseur de lhypertextualité et son culte de la dérision apparaît comme une ultime parade opposée au néant du monde.
Qui était-il ? " Ce poète, qui écrivait des vers fort peu bourgeois, vivait comme un bourgeois. Il avait des rentes provenant, je crois, de ses propriétés du Limousin et qui lui permettaient de mener une vie libre de lettré et de curieux. Il était bon père et bon époux, heureux dans sa famille et ne se signalait par aucune excentricité particulière. Au physique, on remarquait sa barbichette pointue et sa calvitie.
Mais si Georges Fourest aimait la blague, si ses vers sont souvent pleins dhumour noir ou de fantaisie légère, il était avant tout un lettré. Grand amateur des petits poètes du XVIIe siècle, Scarron, Saint-Amant, Colletet, dAssoucy, quil reconnaissait pour ses prédécesseurs, il avait également une forte culture philosophique et même théologique (car cet iconoclaste qui plaisantait même sur sa propre mort était un catholique pratiquant). Amoureux des Belles-Lettres, il haïssait les sciences au point de donner dix francs à son fils quand celui-ci avait un zéro en mathématiques.
Claude Bonnefoy
Georges Fourest était un poète français à la verve parodique et irrévérencieuse, jouant avec truculence de mots rares ou cocasses, des dissonances de ton, de limprévu verbal et métrique, des effets burlesques.
Quand jai connu Georges Fourest, il était dans la soixantaine et déjà célèbre. Il ne ressemblait pas plus à lidée quun lecteur de La Négresse blonde pouvait se faire de lui que le Gracq quon imaginait au moment de la publication du Château dArgol ne ressemblait au Gracq réel. Le poète, qui époustouflait les foules et rêvait dun enterrement délirant, était un homme tout à fait posé et sauf quand à Deauville il portait veste blanche et casquette de yachtman vêtu de la classique et déjà désuète jaquette et coiffé du melon dont le règne touchait aussi à sa fin. Il avait lair bonhomme dun chef de bureau de ministère. Il nen avait pas moins écrit La Négresse blonde pour son plaisir et le nôtre. Littérairement, ce livre singulier nappartient à aucune école, sauf la fourestière, comme dit là-peu-près de Willy. Il y a des gens qui deviennent célèbres à force de travail, ou de constance, ou dacharnement ; qui entassent Pélion sur Ossa jusquà forcer lattention. À Fourest, la célébrité était venue, dun coup, après une incubation et maturation des plus lentes, le jour où il avait fait paraître sa Négresse. Il y aura bientôt soixante ans que le succès de ce petit livre se maintient avec une aimable régularité, et trente quelle est entré chez moi, après des années de vagabondage, tantôt chez lun, tantôt chez lautre. "
José Corti, Souvenirs désordonnés
Dans ses livres, la fantaisie sautorisait toutes les licences et la verve, toutes les virtuosités de la poésie doctorale.
Un pitre mais de lespèce savante. Un bouffon, mais souverain du royaume. Un mage, mais qui éteignait les étoiles pour que la nuit soit plus noire et plus énigmatique. Il a lu Jarry, et il sest fait lire de Prévert.
P.V.
Georges Fourest devint un ciseleur darchaïsmes troublants, dimpropriétés volontaires, doxymores et danacoluthes, toute une faune rhétorique venue en droite ligne de la décadence. Ses Contes pour les satyres sont brillants de mauvais esprit ironique, entre Jarry et Villiers de lIsle-Adam. Il y fait, entre autres, lapologie du souteneur qui sait " réduire à son double rôle de bête de somme et de bête à plaisir lêtre aux cheveux longs et aux idées courtes ".
Manuel Carcassonne


La Négresse blonde, 1909
Le Géranium ovipare, 1935
Contes pour les satyres, 1990

 
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