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José Corti
Qui je fus (1895-1984)
1914 - 1919 : José Corti est mobilisé dans larmée de terre
1925 : Sinstalle 6, rue de Clichy. Très lié à Breton, Eluard et Char, il anime les éditions Surréalistes.
1935 : Sinstalle 11, rue de Médicis.
1937 : Publie Métamorphose de Narcisse de S. Dali.
1938 : Publie avec la participation financière de lauteur Au château dArgol de Julien Gracq.
1939 : Publie Lautréamont de Gaston Bachelard.
1942 : Publie lédition Crépet des Fleurs du Mal de Baudelaire.
1945 : Mort de son fils Dominique Cortichiatto, en déportation.
1951 : Publie Le Rivage des Syrtes de Julien Gracq.
1963 : Publie Des Métaphores obsédantes au mythe personnel de Charles Mauron.
1983 : Publie ses Souvenirs désordonnés.
1984 : Publie les Dessins désordonnés.
Sur José Corti et son travail déditeur
Rien ne se borne aux apparences, ici, tout se déroule sur un double, triple plan, chaque tranche de réel en recèle une autre, une autre encore. Nous voici dans une librairie où lon peut aller à la provende, mais en même temps dans un endroit où se brassent des idées, où de très jeunes gens viennent confier leurs projets, de moins jeunes parler de leurs uvres en cours, de leur vie. Nous voici chez un éditeur, mais qui cumule les fonctions de directeur littéraire, commercial, de metteur en pages, correcteur dépreuves, maquettiste, qui au besoin se métamorphose en emballeur, facturier, chef-vendeur. Cest le royaume des prodiges, les frontières du visible lune après lautre sabattent.
La médiocrité na pas de place ici. Cependant au long de la rue, cest la lente dérive des ombres. Parmi les grands arbres du jardin du Luxembourg, le fronton de la Fontaine Médicis sincurve, sa mince gerbe deau seffile sous le vent. À lintérieur de la boutique, un petit bruit rythmé : une des innombrables pipes que le maître de céans fume sans interruption de laube au soir, heurte le cendrier. Tout autour, les livres en rangées, en piles, en paquets, du carton ondulé, des pelotes de ficelle, la bascule. Et puis un lierre qui déploie ses guirlandes, un singe qui va jouer du violon sous son globe dautomate, des estampes, la vanesse qui sen vint mourir entre ces murs, la feuille de platane aux dimensions surprenantes, échoué devant la porte à lautomne, et en se penchant sur les dessins rencontrés ici ou là, on peut, à condition de se munir dune bonne loupe, déchiffrer les initiales J. C. dans un coin.
Clarisse Francillon, Gazette de Lausanne
Artisan, il lest jusquau bout. Lorsquil ma reçu, il était en train de faire ses comptes, mais aussi il lit chaque manuscrit quon lui confie, décide de la présentation de chaque livre de la couverture, de la mise en pages, de la typographie. Tout doit être parfait et, de fait, tout lest. Il fait tout, aidé de sa femme. À leur service il ny a quune comptable, mais cest parce quil naime pas beaucoup les chiffres. Son matériel est réduit à une machine à écrire, dont il use le moins possible. Lorsquil doit écrire à un éditeur étranger, il le fait à la machine et ajoute en post scriptum : " Comme vous le voyez jai une machine à écrire, mais je naime pas men servir, la prochaine fois, je vous écrirai à la main. "
Alexandre Kalda, Arts
On pourrait dire (je suis certain que le mot ne le choquera pas) quau milieu dun Paris où le monde de lédition est la proie de la concentration financière, José Corti, avec une loyauté, un courage et une clairvoyance à toute épreuve, reste fidèle à un mode de production artisanal. Je souhaite quil demeure à son poste de pilote, accompagné de Madame Corti, en cette " boutique " qui est exactement située sur lemplacement du jardin sur lequel souvrait la maison de Blaise Pascal, dont lautre face donnait rue des Fossés-Saint-Jacques, aujourdhui rue Monsieur-le-Prince.
Marcel Raymond
Un livre publié par José Corti se mérite. Cet éditeur est lun des derniers si ce nest le dernier à ne pas condamner les volumes au couperet du massicot. Les siens se lisent, le coupe-papier à la main.
On a dit que José Corti était lun des derniers fous de livres. Il est au contraire lexemple ce ceux qui sans le savoir suivront sa trace et se diront " quil vaut mieux mourir après avoir fait faillite avec Les Fleurs du mal sur sa tombe que de disparaître en laissant une fortune tirée de littératures ou médiocres ou indignes.
Louis Renansart, Semaine de lÎle de France
José Corti : l'exigence secrète
Une crinière blanche, une pèlerine noire, une longue écharpe autour du cou... une boutique minuscule et en désordre face aux grilles du Luxembourg... Tel était José Corti. Tel était ce qui lui servait dantichambre, de réserves, de pièces de travail... pour sa maison dédition.
José Corti : un être rare, inconnu ou presque du grand public. Mais un modèle : léditeur qui na jamais publié ce quil naimait pas. Et il naimait que lécriture la plus haute, la création la plus aiguë, la littérature la plus noble.
Gérard Guillot, Le Figaro
Quand on écrira lhistoire de José Corti qui, à sa manière si différente de celle de Gaston Gallimard, de Bernard Grasset, de Robert Gallimard ou de Robert Denoël, restera dans la littérature, on notera sans doute ce délicieux anachronisme dun grand raffiné qui a voulu maintenir sa passion des livres hors des circuits dévastateurs de largent-roi.
Jean-Marie Rouart, Le Quotidien
Toute la démarche de José Corti est une célébration de la lecture. Il la servit par les poèmes et les récits sur lesquels il apposa son label " Rien de commun ", il la servit par des textes danalyses qui sont de véritables sésames des grandes uvres. Hostile non seulement à tout ce que Gracq avait dénoncé dans son pamphlet La Littérature à lestomac, mais à toutes les techniques de mercantilisation et de vulgarisation du livre (il était un adversaire acharné du livre de poche, il apparaissait, dans le milieu éditorial parisien, comme une sorte de dernier des Mohicans.
Jacques de Decker, Le Soir

Reliques Païennes, Paris, Picart, 1920.
Rêves dencre, 1ère série, Paris, Corti, 1945. 24 phototypies présentées par Bachelard, Char, Eluard, Gracq, épuisé.
Le Treizième livre des Fables, Paris, Corti, 1963. Préfacé par O. de Mourgues.
Rêves dencre, 2ème série, Paris, Corti, 1969 ; 28 phototypies nouvelles avec les quatre préfaces de la première série.
Imitation sans esclavage, La Fontaine, Villon, Paris, Corti, 1981.
Souvenirs désordonnés, Paris, Corti, 1983.
Dessins désordonnés, Paris, Corti, 1984.
Publié après la mort de José Corti
Provisoirement définitif, Paris, Corti, 1982.

José Corti par lui-même

 
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