L'Immaculée conception


Ralentir travaux


L'Affaire Barrès


Dictionnaire abrégé
du surréalisme



 
      André Breton est né le 19 février 1896 à Tinchebray, dans l'Orne et mort à Paris le 28 septembre 1966.
     La vie de Breton se confond pratiquement avec celle du mouvement dont il est sans doute le principal représentant littéraire: le surréalisme. Fortement influencé par Paul Valéry, dont il fait la connaissance en 1914, Breton rencontre successivement Jacques Vaché (1916) puis Apollinaire. En 1919, il publie ses premiers poèmes.
     C'est alors qu'il fonde avec Louis Aragon et Philippe Soupault la revue Littérature, et y publie (en collaboration avec Soupault) le premier texte surréaliste, Les Champs magnétiques . De 1919 à 1921, il participe au mouvement Dada, et étudie (influencé par Freud, qu'il rencontre en 1921) l'« automatisme psychique ». En 1924 paraît le premier Manifeste du surréalisme . Breton et ses amis fondent en même temps un « Bureau de recherches surréalistes » et une revue appelée La Révolution surréaliste. En 1930 paraît le Second Manifeste. Breton définit ainsi le terme « surréalisme » : « Automatisme pychique pur par lequel on se propose d'exprimer soit verbalement, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée... ».     Définition qui ne rend qu'imparfaitement compte du « programme » surréaliste, lequel, pareil en cela au romantisme allemand aspire à « réconcilier » le rêve et la réalité et à promouvoir une « libération totale » de l'être humain. Bien que Breton ne soit pas le seul surréaliste, il est la figure de proue du mouvement. Figure discutée, parfois autoritaire et sectaire perpétuellement en lutte contre les «déviations »: ainsi successivement de Tzara (I'un des fondateurs du mouvement Dada) d'Artaud (qui prône une « révolution » plus métaphysique) d'Éluard et d'Aragon, qui se rallient au programme révolutionnaire marxiste. Jusqu'à sa mort, Breton incarnera l'« orthodoxie » surréaliste avec une fougue et une passion qui lui sont propres. Entre-temps il aura su donner à son mouvement une ampleur quasi mondiale, tout en le dégageant des équivoques de l'engagement politique (le poète, en 1935, met fin à son "idylle » avec le parti communiste français et s'oriente vers une pensée libertaire).
    Extrait du Nouveau dictionnaire des auteurs, Laffont, 1994


    
Quelques extraits du beau livre de Marguerite Bonnet, André Breton et l'aventure surréaliste, édité par José Corti en 1975 et réédité en1988.

     Cet homme de la quête n'a jamais eu le goût des voyages lointains. A l'errance de Breton, suffisent la ville et les rues ; homme du voyage intérieur, il demeure avant tout un sédentaire et un terrien : "la grande aventure mentale" est tout ce qu'il importe de courir.

    [Ses] premiers textes, tout appliqués qu'ils soient au bien-dire, nous emmènent au-delà des influences, vers les constantes d'une nature qui cherche, d'emblée, dans la culture, ce qui s'accorde à ses directions instinctives.

   A l'écoute des œuvres de son temps pour reconnaître vers quoi tend sa propre sensibilité, il la découvre plus accordée, dans ses oscillations, à l'inéprouvé, à l'inattendu, au mouvant, qu'à la permanence du connu, si parfaite qu'en soit la réalisation. Ce qui bouge, même s'il est difficile de saisir le sens du mouvement, supplante pour lui ce qui demeure.

    Il s'oppose en art à toute anecdote – "Ecrire n'est pas forcément raconter" – comme à la représentation de la vie réelle, même interprétée, la jugeant "à peine moins servile que l'imitation fidèle" ; il veut atteindre à une réalité autre qui, tangentielle à celle du monde objectif, appartient en propre à l'œuvre et impose de ne la juger que selon ses propres lois.
   (...) Fort de l'exemple de la peinture de Braque et de Picasso, c'est pour une existence pleinement autonome de l'œuvre qu'il combat, refusant de la rapporter avant tout à un réel préexistant. Mais il ne tombe pas non plus dans le formalisme : "aucune liberté formelle ne pourra jamais remplacer ce que est l'âme même de la poésie".
   (...) Ce qui vient, ce qui, furtivement, est déjà arrivé, c'est la certitude que l'écriture automatique délivre, irréfutable : il faut que le poème meure pour que la poésie vive.

    L'expérience de l'automatisme, dès le premier moment, tend à supprimer ou du moins à affaiblir l'opposition entre ce qui est en nous et ce qui est hors de nous, l'arbitraire n'étant arbitraire que pour notre ignorance et ouvrant en réalité en direction du monde comme des êtres, une autre voie de connaisssance et de communication.

    Le caractère "sans précédent" des Champs magnétiques, selon l'expression d'Aragon, leur est donné non seulement par la méthode d'édriture dont lils relèvent, mais aussi par la visée à laquelle pour Breton ils répondent. Dans la grande quête parfois hagarde où, depuis 1916, il se trouve engagé pour confondre l'aventure poétique t la vie, ils marquent un tournant, mais un tournant périlleux : "Les Champs magnétiques dit André Breton dans ses notes, "c'est le désir d'écrire un livre dangereux".

    La poésie de toutes parts, déborde les poèmes ; elle déborde le langage même ; elle se fait existence. En choisissant de s'abandonner à la parole en dérive, Breton trouve provisoirement un solution au conflit angoissant de l'écriture et du silence ÷ il n'écrit plus, il est écrit. C'est pourquoi l'écriture automatique figure alors une délivrance.

    La notion de surréalisme (…) rassemble sous l'appellation d'automatisme psychique, à côté de l'écriture, tous les modes d'expresion découverts – et à découvrir – capables d'amener au jour sans médiation réflexive les pulsions de l'inconscient dont la réalité enfouie s'oppose aux "réalités sommaires" de la conscience. Le second temps de la définition, annoncé comme l'acception philosophie du terme, vise à fonder en raison le surréalisme en l'établissant "sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d'associations négligées jusqu'à lui, à la toute-puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée". C'est dire que l'homme n'est pas ce qu'il croit être et que la méthode de connaissance définie par l'automatisme lui révèlera sa vraie nature, "les étendues illimitées où se manifestent ses désirs".

   Rien dans le Manifeste ne postule une transcendance ; il n'y a pas d'ambiguïté dans la revendication qui ferme la définition ; non content d'assigner pour tâche au surréalisme l'expression du "fonctionnement réel de la pensée", Breton lui attribue le pouvoir de changer l'existence, ici et maintenant.
    Réduire le Manifeste à une déclaration de guerre à la raison est simplifier excessivement les choses ; c'est à l'avènement d'une nouvelle raison qu'il œuvre, celle qu'invoquait Rimbaud, raison plus large, capable d'intégrer l'ensemble de la réalité humaine. Alquié,[dans sa Philosophie du surréalisme] est tout à fait fondé à écrire : "le surréalisme n'aime pas perdre la raison ; il aime ce que la raison nous fait perdre".



   
 André Breton par lui-même :


    Pour moi, la poésie, l'art, cesse d'être une fin, devient un moyen (de réclame).
    La réclame cese d'être un moyen pour devenir un fin,
    Mort de lart (pour l'art). Démoralisation.
    Il faut naturellement prendre le mot réclame dans son sens le plus large. C'est ainsi que je menace la politique, par exemple. Le christiannisme est une réclame pour le ciel.
    (Lettre à Aragon, 13 avril 1919 ; citée dans Lautrémamont et nous).

  
 Il faut prendre beaucoup sur soi pour vouloir s'établir dans ces régions reculées où tout a d'abord l'air de se passer si mal, à plus forte raison pour vouloir y conduire quelqu'un. Encore n'est-on jamais sûr d'y être tout à fait.
Manifeste

    Les Champs magnétique ont été écrits en huit jours. On n'en pouvait, malgré tout, plus. Et les hallucinations guettaient. Je ne crois pas exagérer en disant que rien ne pouvait plus durer. Quelques chapitres de plus, écrits à une vitesse v''''' (beaucoup plus grande que v'') et sans doute ne serais-je pas, maintenant, à me pendher sur cet exemplaire.
   Notes

   Il est inadmissible que le langage triomphe insolemment de difficultés voulue (prosodie), que l'ambition du poète se borne à savoir danser dans l'obscurité parmi des poignards et bouteilles.
    Les Pas perdus

    …je pense aussi que la poésie, qui est tout ce qui m'a jamais souri dans la littérature, émane davantage de la vie des hommes, écrivains ou non, que de ce qu'ils ont écrit ou de ce qu'on suppose qu'ils pouvaient écrire. (...) la vie, telle que je l'entends, n'étant pas même l'ensemble des actes finalement imputables à un individu…mais la manière dont il semble avoir accepté l'inacceptable condition humaine.
   id

    
On n'arrive à se faire une place au soleil que pour étouffer sous une peau de bête.
    id.

     Quand fera-t-on à l'arbitraire la place qui lui revient dans la formation des œuvres ou des idées ? Ce qui nous touche est généralement moins voulu qu'on ne croit.
    Pour Dada, Les Pas perdus.

   Tout ce que j'aime, tout ce que je pense et resens, m'incline à une philosophie particulière de l'immanence d'après laquelle la surréalité serait contenue dans la réalité même, et ne lui serait ni supérieure ni extérieure. Et réciproquement, car le contenant serait aussi le contenu. (...) C'est dire si je repousse de toutes mes forces les tentatives qui, dans l'ordre de la peinture comme de l'écriture, pourraient avoir étroitement pour conséquence de soustraire la pensée de la vie, aussi bien que de placer la vie sous l'égide de la pensée.
   Le Surréalisme et la peinture.





Les textes théoriques :
Introduction au discours sur le peu de réalité (1927) précédé par la Lettre aux voyantes (1925) et par Légitime défense (1926) Le Surréalisme et la Peinture (1928)
L'affaire Aragon devant l'opinion publique (1932),
Position politigue du surréalisme (1935),
Notes sur la poésie (1936),
Dictionnaire abrégé du surréalisme (1938),
Anthologie de l'humour noir (1940)
Prolégomènes à un troisième manifeste du surréalisme ou non (1942),
Arcane 17 (1944),
La Clé des champs (1953),
Entretiens avec Breton (1952),
Du surréalisme en ses œuvres vives (1953)
Constellations (1959),
Poésie et autre (1960),
L'Écart absolu (1965).


Le fondateur de revues :

Littérature (1919-1924)
Le Surréalisme au service de la révolution (*) (1930),
Le Surréalisme, même (1954)
La Brèche action surréaliste ( 1961).

L'œuvre poétique :
Mont de Piété (1919),
Les Champs magnétiques (1920),
Clair de Terre (1923),
Ralentir travaux (1930),
Le Revolver à cheveux blancs (1932),
L'Air de l'eau (1934),
Point du jour (1934),
L'Amour fou (1937)
Trajectoire du rêve (1938)
Fata Morgana (1942)
Ode à Charles Fourier (1947),
La Lampe dans l'horloge (1948).

L'œuvre en prose
Poisson soluble (1924),
Les Pas perdus (1924),
Nadja (1928),
L'lmmaculée Conception (1930)
L'Union libre(1931)
LesVasescommunicants (1932),
Flagrant délit (1949).

Parmi les nombreux textes de Breton sur l'art (et surtout la peinture), il faut citer L'Art magique (1957).

Les œuvres complètes d'André Breton ont été éditées par Marguerite Bonnet, Philippe Bernier, Etienne-Alain Hubert et José Pierre en Pléiade, en deux volumes, éditions Gallimarq, Tome I, 1988 ; Tome II 1992