Le Bruit
du moulin

Paix du regard
sans désir

     Marcel Béalu

     Marcel Béalu est né le 30 octobre 1908 à Selles-sur-Cher (Loir-et-Cher). Après une enfance pauvre à Saumur où il lit en autodidacte les classiques, il est de 1931 à 1945 chapelier à Montargis. Il commence à écrire. Sa femme Marguerite Kessel lui fait lire les romantiques allemands. Une rencontre fondamentale en 1937, celle de Max Jacob, qui devient son maître en littérature et l’encourage dans la voie de la simplicité des vocables, de l’élan rythmique, qui restera la sienne en poésie. À partir de 1951, Béalu devient et reste libraire à Paris. Cet indépendant n’a jamais cessé d’écrire des poèmes dont les plus réussis montrent, à côté des joies de l’amour, le mystère, le " frémissement noir " qui habitent l’homme, et explorent l’étrangeté du rêve dans un vers de plus en plus libéré.
     Mais on retiendra en particulier son œuvre narrative en prose comme l’une des meilleures du fantastique français contemporain. Pour Béalu (fondateur de la revue Réalités secrètes, 1955-1971), le fantastique ne se sépare pas du réel, qui est toujours insolite si l’on sait le regarder : il contient " une nuit qui est partout " ; il est onirique. Les récits de Béalu montrent des espaces perturbés, des lieux (souvent urbains) qui semblent anodins et se transforment en prison, ruine, labyrinthe. Le temps peu se dédoubler ou s’accélérer. L’" espace du dedans " du héros est lui-même dissocié, hanté par un sentiment de culpabilité. Le parcours initiatique rencontre l’amour ; mais celui-ci n’est jamais un instrument de salut, et il peut perdre le Pygmalion qui crée l’araignée-femme. En revanche, la mort exerce une fascination ambiguë : irruption du néant, mais uchronie dans laquelle " vit " le mort du Journal. Récit pleins d’aisance dans la suggestion de l’horreur, de la métamorphose insensible, qu’admirent Artaud et Jean Paulhan.
     Son violon d’Ingres est la peinture. Les tableaux qu’il a exposés à Paris au cours des dernières années sont le reflet fidèle de son œuvre littéraire.
     Lire une page de Marcel Béalu, écrit Jean Paulhan, c’est pénétrer dans un pays singulier, un pays qui pourtant doit bien exister quelque part, plus haut ou plus bas que la terre, le pays de derrière la glace, ou de derrière l’eau , ou de derrière le ciel, ou de derrière nous… " C’est en hommage à Jean Paulhan que Béalu avait baptisé sa libraire Le Pont Traversé.
     
Poète donc et libraire, les deux activités chez Béalu se complétaient à merveille. Dans sa boutique rue de Beaune, puis dans le quartier Saint-Séverin et enfin dans une ancienne boucherie au 62, rue de Vaugirard, Béalu ne se contentait pas de vendre les livres de ses amis mais racontait volontiers mille anecdotes sur leurs auteurs. On était sûr de trouver chez lui ce qu’on ne trouvait nulle part ailleurs, les œuvres d’Armand Robin, de Lucien Becker, de Joyce Mansour et de tant d’autres. C’est qu’il en avait vu défiler du monde dans sa boutique, depuis son premier client Lacan, qui lui acheta les œuvres complètes de Shakespeare, et oublia de les lui payer.
     Le chemin de Béalu, loin des sentiers battus, est de ceux où il est bien agréable de s’égarer. On y éprouve la joie constante d’être présent au monde envers et contre tout. " L’émerveillement, écrivait-il, devrait être notre état continuel. "
     Gérard Meudal


     Romans et Récits

L’Expérience de la nuit
(Gallimard).
Journal d’un mort
Gallimard, 1947, puis réédité par Phébus.
L’Araignée d’eau,
Les Lettres, 1948, réédité par Belfond
Contes du demi-sommeil (Phébus).
L’Aventure Impersonnelle
, Arcanes, 1954 réédité par Phébus.
Passage de la bête
(Belfond).
La Grande Marée
(Belfond).
La Poudre des songes
(Belfond).
La Mort à Benidorm
(Fanlac).
Le Bruit du moulin
(José Corti).
Mémoire de l’ombre
(Phébus).
L’Amateur de devinettes
(La Différence).
Le Vif
(Calligrammes).


     Poèmes

Poèmes 1936-1960
(Le Pont Traversé) 1976.
Poèmes 1960-1980
(Le Pont Traversé) 1981.
Choix de poèmes
précédé d’une étude par J. J. Khim (Seghers, collection " Poètes d’aujourd’hui ").
Erreros
(Fata Morgana).
Les Cent meilleures pages de Marcel Béalu
, préface de René Plantier (Belfond).
La Paix du regard sans désir
(José Corti).


     Théâtre

L’Homme abîmé
(Rougerie).
La Dernière scène
(Rougerie).
La Femme en cage
(Rougerie). 


     Essais et Correspondance

Dernier visage de Max Jacob
, Editions Ouvrières, augmenté de 220 lettres de Max Jacob.
Le Bien rêver
(Robert Morel).
Anthologie de la poésie française depuis le surréalisme
(Ed. de Beaune).
Anthologie de la poésie féminine française de 1900 à nos jours
(Stock).
La Poésie érotique en France
(Seghers).
Le Chapeau magique
, essai d’autobiographie, 3 volumes : Enfances et apprentissagePorte ouverte sur la ruePrésent définitif.
Correspondance René Guy-Cadou – Marcel Béalu, 1941-1951
(Rougerie).


     Revues – Numéros spéciaux

Noah
, n° 5, 1980
Poésie 87
, n° 18
Béalu à Nîmes
, Bibliothèque Municipale de Nîmes

Luc Vidal, Entretiens avec Marcel Béalu, Nantes, Signes, 1985.
Yves-Alain Favre et Jean-Jacques Kihm, Marcel Béalu, Seghers, coll. Poètes d’aujourd’hui, 1990.

     Marcel Béalu a collaboré à nombre de revues littéraires, entre autres la NRF, l’Herne, Poésie 44, La Tour de Feu, Les Lettres, Fiction, La Tour Saint-Jacques, Botteghe Oscure, Dire, Marginales, Les Cahiers du Sud, Betelgeuse, Il figure dans la plupart des anthologies de la poésie contemporaine, en France et à l’étranger.

     Un film de long-métrage a été tiré de L’Araignée d’eau par Jean-Daniel Verhaeghe, interprété par Elisabeth Wiener, Marie-Ange Dutheil et Marc Eyraud, en 1968.

     Le Bruit du Moulin
, en 1966, a fait l’objet d’une émission à la radio, avec Edith Scob et Jean Topart.

     La Femme en Cage
a été monté et joué pour la première fois à Lyon, au Théâtre d’Essai de la Baleine, en 1958, et repris à Paris au Kaléidoscope en 1965.

     La Dernière Scène
a été monté, en 1962, à Delf. 

     On demandait un jour à Marcel Béalu de donner une définition de la poésie, ce fut celle-ci : "La fleur qui tremble sur le visage de l’insaisissable."
     Jean Orizet