Vers l'unique métaphore

En lisant Augustin

Le Calendrier de l'humilité


Robert Baroque


    Miklos Szentkuthy
   (Hongrois, Budapest 1908-1988)


     Les grandes lignes de la biographie de ce professeur d’anglais ne sont pas compliquées : il aura passé sa vie à lire à écrire et à traduire (Swift, Dickens, et surtout Joyce à qui on a pu l’apparenter). (…)
     Le monde du mythe fascine Szentkuthy autant que le plaisir des corps. Dans une débauche d’imagination visionnaire, ce savant profondément enraciné dans la culture européenne résume l’Europe, lui rend hommage, lui dit adieu.
     Szentkuthy est un esprit universel : intéressé par l’esprit comme par la matière, par la nature comme par les êtres humains, déchiré entre une esthétique riche, foisonnante, baroque, spectaculaire, et la linéarité de l’ascétisme et des mathématiques, il ne fait que chercher des associations dans le monde des choses. L’abstraction, le passage de l’analyse macroscopique à la synthèse généralisatrice, une écriture prolixe, impétueuse, fantaisiste, font de Szentkuthy un écrivain peu accessible mais d’une richesse inépuisable.
     
Eva Toulouze, traductrice de Vers l’unique métaphore et de En lisant Augustin


     L’homme mesurait près de deux mètres. Ceux qui l’ont rencontré dans sa maison de Budapest parlent volontiers de ses “épaules de bûcheron”, de “ses mains d’étrangleur”. Les photos de lui révèlent un visage sardonique – pupilles ondoyant à l’aplomb d’une bouche édentée et volubile.
     Toute sa vie, il s’est retranché dans sa chambre-bibliothèque aux 25000 reliures.
Infomatin
     
Natacha Wolinski


Szentkuthy en 1938, © Maria Tompa

     Bâtisseur mégalomane, Szentkuthy a su être à la hauteur de sa démesure. Sa cathédrale de papier, baroque à l’extrême, conjugue des nefs historiques, des bas-côtés biographiques, un chœur lyrique, une flèche épique, des chapelles poétiques, des confessionnaux érotiques et quelques sacristies bourrées de farces et attrapes. Les neuf volumes de son extravagant bréviaire (Le Bréviaire de Saint Orphée) le font apparaître comme le plus rigoureux affabulateur qui soit, un géniteur de mythes qui se pare à volonté de pourpre cardinalice, d’oripeaux royaux ou de nippes de courtisanes. Hagiographe fourbe, blasphémateur suave, il raconte des histoires de saints, de papes, de vicaires travestis et de girls bibliques… “Je suis catholique”, avoue-t-il en ouvrant largement des mains mieux faites pour étrangler que pour glisser l’extrême-onction ; mais il ajoute gracieusement : “un catholique très libéral”.
     
André Velter


L. Pfisterer et G. Götzler, le père et la mère de Miklós, © Maria Tompa

     A sa manière, et finalement comme Proust, Joyce, Lezama Lima ou Musil, le hongrois Szentkuthy fit un roman multiformé et proliférant, vaste estuaire qui draine avec brio, dans le temps unique de la connaissance, îles et archipels ensemencés de souvenirs et de culture. Passant les frontières entre les genres, saupoudrant sa progression de bribes à chaque fois cohérentes, journal, note, récit, conte libertin, anecdote, hagiographie, Szentkuthy impose d’abord un regard, celui d’un curieux en érudition, d’un gastronome de la sensation.
     
Thierry Guinhut, Europe, septembre 1991.


Szentkuthy, pendant l'enregistrement
des Confessions frivoles, 1983, © Maria Tompa

     La lecture de Miklós Szntkuthy s'accompagne d'effets plus ou moins immédiats, mais toujours salvateurs : éblouissements, vertige, abattement, saturation, etc. – l'impression domine, peu commune, de se trouver confronté à un prodigieux geyser de pure intelligence, réflexive et créatrice, en activité permanente.
     
Bruno Gendre, Les Inrockuptibles, 7/20 août 1996.






Vers l’unique métaphore, 1991.
En lisant Augustin, 1996.
Le Calendrier de l’humilité, 1998.
Robert baroque, 1998.



Szentkuthy, pendant l'enregistrement
des Confessions frivoles, 1983, © Maria Tompa




Aux éditions Phébus

En marge de Casanova, 1991.
Rennaissance noire, 1991.
Escorial, 1994.
Les Confessions frivoles, 1999

Aux Éditions du Seuil

Chroniques burgondes, 1996.


Détail de la bibliothèque de Szentkuthy, © I. Calot