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“Si la littérature n’est pas pour le lecteur un répertoire de femmes fatales, et de créatures de perdition, elle ne vaut pas qu’on s’en occupe” (Julien Gracq, En lisant en écrivant) Les écrivains rassemblés dans la collection " En lisant en écrivant " ont tous en commun d’avoir entretenu avec les livres qu’ils ont écrits ou qu’ils ont lus, des rapports orageux et passionnels. Les propos foisonnants d’un Szentkuthy, les réflexions amusées d’un de Quincey, les notations mystiques d’un Novalis, traduisent bien la nécessité et la difficulté essentielles d’une semblable liaison. Dans l'entretien accordé à Jean Carrière (Qui êtes-vous, Julien Gracq, La Manufacture 1986) Julien Gracq évoquait la manière dont l'écriture et la lecture " s'enlaçaient dans la série de ses livres ". Ces quelques remarques de l'écrivain qui en sont extraites pourraient servir à présenter la collection en lisant en écrivant créée en 1989 ; elles préciseront l'esprit dans lequel nous l'avons conçue et l'animons : " En ce qui concerne le titre que j'ai donné à un de mes livres : En lisant en écrivant (sans virgule) indique que le passage de la lecture (forcément en partie critique) à l'écriture se fait sans angoisse ni crispation, sans sentiment d'aliénation ou de perte d'authenticité. Je pense et j'ai écrit que tout livre pousse (en bonne partie) sur d'autres livres. Le besoin chimérique, qui démange beaucoup de " créateurs ", de ne se sentir redevables en rien à la littérature qui les a précédés, ne m'obsède en aucune façon. Le monde et la bibliothèque font partie à titre égal des éléments auxquels je me réfère, quand j'écris, et je ne ferai jamais preuve d'aucune fausse honte à ce sujet. Fictions et réflexions de lecture se sont d'ailleurs dès le début toujours enlacées plus ou moins étroitement dans la série de mes livres. Mais cela n'est possible qu'à condition de laisser de côté la " science de la littérature " et de ne lire qu'en fonction de ce qui, pour vous, dans les livres, vit réellement. Je ne m'occupe que de mes préférences. La littérature n'est pas ingrate envers qui entretient ce commerce chaleureux avec elle. " Dans un numéro du Débat (1984), deux éminents critiques, s'entretenant sur la manière dont il était désormais possible de rendre compte de la littérature, une fois admise la nécessité de dépasser les anciens clivages où la pensée critique s'était longtemps tenue et affaiblie, s'accordaient enfin, et assez volontiers, pour reconnaître à la critique des écrivains une valeur souvent supérieure à celle des spécialistes et des universitaires. Notre propos n'est pas différent. La publication du livre de Gracq, En lisant en écrivant (1980), est venue confirmer, de façon sans doute définitive, ce point de vue : la littérature se confie davantage à ceux qui l'écrivent qu'à ceux qui ne font, et bien souvent avec trop d'a priori, que la critiquer. La collection en lisant en écrivant livre ainsi les impressions d'écriture et de lecture de quelques grands praticiens de tous les temps, dont le témoignage permet, nous le souhaitons, d'éclairer le fait littéraire dans son ensemble. (B. F.) |
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